Le référendum contre la reconduction et l'extension de la libre circulation des personnes à la Bulgarie et à la Roumanie a officiellement abouti. La Chancellerie fédérale a été en mesure de confirmer, lundi, que 51348 des 51941 signatures déposées jeudi dernier étaient valables, soit plus que la marge de 2% justifiant des contrôles plus approfondis.

La campagne va pouvoir démarrer, tout au moins du côté des partisans de la libre circulation des personnes, avec une réactivation des plans et de l'organisation mis en place au printemps, avant que le surprenant retournement de Christoph Blocher n'en suspende l'actualité. Tous les partis autres que l'UDC ont déjà manifesté, jeudi, après le dépôt officiel du référendum, leur résolution à s'engager, chacun avec ses propres arguments, en faveur de la libre circulation. Mais les choses ne devraient pas beaucoup bouger dans l'immédiat, la Berne fédérale étant cette semaine en vacances.

L'ASIN pourrait basculer

La campagne devrait ensuite monter progressivement en puissance avant de prendre son essor définitif au début de décembre. On avait assisté jusqu'ici, dans l'incertitude qui régnait sur l'aboutissement du référendum, à une sorte de précampagne, au cas où, dans laquelle economiesuisse et certains partis ont veillé à rappeler le prix qu'ils attachent à la poursuite de la voie bilatérale. L'organisation faîtière de l'économie suisse, qui a préparé de longue date une mobilisation extrêmement importante, s'est manifestée occasionnellement sur la question. Les radicaux l'ont fait à la mi-septembre lors d'une assemblée des délégués à Neuchâtel; les démocrates-chrétiens vont faire de même lors de leur assemblée du 25 octobre, assortie d'un concert de rock sur la place Fédérale, à Berne.

Les intervenants seront attentifs à ne pas mélanger la problématique de la libre circulation avec celle de la quintuple votation du mois de novembre, d'autant plus que, en ce qui concerne l'initiative pour la flexibilisation de l'âge de la retraite, les partis bourgeois se retrouveront dans le même camp que l'UDC.

Les partis attendent également de voir plus précisément la tournure que pourrait prendre la campagne. C'est une chose que de réunir, de justesse, les 50000 signatures nécessaires pour l'aboutissement d'un référendum. C'en est une autre que de mener une campagne.

A eux seuls, les Démocrates suisses, la Lega tessinoise et les Jeunes UDC n'ont pas de moyens financiers. L'ASIN, dont le directeur, le conseiller national zurichois Hans Fehr, fait partie de la garde rapprochée de Christoph Blocher, a tenu bon lors de la récolte des signatures. Elle pourrait basculer du côté des adversaires de la libre circulation, ce qui ravirait sa base, pour la campagne. Mais si l'UDC verrouille les ressources financières aussi étroitement qu'elle l'a fait avec ses fichiers lors de la récolte des signatures, les référendaires vont très sérieusement tirer la langue.

Campagne en deux parties

La situation est délicate pour l'UDC, dont l'assemblée des délégués va prendre position sur le sujet à la fin de novembre. Le parti ne peut que difficilement désavouer sa direction, qui l'a poussé à renoncer aux référendums en désarçonnant une large partie de sa base. Il est également soumis à des contingences financières. L'attitude des milieux économiques n'est pas pour rien dans le retournement de Christoph Blocher. Et pour l'UDC, ce n'est pas le meilleur moment pour se brouiller avec les milieux économiques et compromettre leur soutien financier. Certains commencent en effet à craindre, dans ses rangs, que le tribun zurichois, sérieusement contesté et déçu dans son ambition de tenter un retour au Conseil fédéral, ne réduise ou ne mette fin à ses très généreuses contributions.

Ces considérations expliquent une certaine expectative dans le camp des partisans de la libre circulation, où la coordination sera assurée par le Parti radical. Ce qui est certain, c'est que la campagne devra impérativement commencer en décembre, vu la date de la votation, le 8 février, et sera interrompue par les fêtes de fin d'année. Il est tout aussi certain que cette cinquième campagne de politique européenne, qui opposera des forces asymétriques sur fond de crise, ne ressemblera pas tout à fait à celles qui l'ont précédée.