Difficile matinée pour Moritz Leuenberger mercredi à Lugano. Il a essuyé un déluge de critiques au sujet de la restructuration du réseau des bureaux de poste. Deux interpellations urgentes à l'appui, l'une émanant des socialistes, l'autre des écologistes, le Conseil national a discuté pendant trois heures de cette question. Mais ce fut en quelque sorte un dialogue de sourds: l'immense majorité des intervenants condamnent ce qu'ils considèrent comme la fermeture de «près d'un millier de bureaux postaux» alors que Moritz Leuenberger relativise en précisant que seuls 80 bureaux, en majorité situés dans des villes, seront fermés, 600 à 700 autres devant être remplacés par une agence, une filiale ou un service à domicile.

Pour Hugo Fasel (Verts/FR), il ne fait guère de doute que la restructuration annoncée fera mal dans les régions périphériques. «Fermer des centaines de bureaux de poste dans ces régions équivaut à leur couper un nerf économique vital!» s'emporte-t-il. «Notre pays a besoin du réseau postal le plus complet possible et il peut se l'offrir. La fermeture de bureaux permettrait d'économiser entre 100 et 150 millions. Cela ne suffirait de toute manière pas pour atteindre les seuils de rentabilité et de rendement que souhaite atteindre le directeur de La Poste», argumente Urs Hofmann (soc./ AG), qui fait allusion aux récentes déclarations faites par Ulrich Gygi (Le Temps du 20 mars). Le Vaudois Pierre Chiffelle invite Moritz Leuenberger à remettre ce dernier «à l'ordre» et certains vont jusqu'à évoquer son exclusion du Parti socialiste.

Gauche pas isolée

Afin d'empêcher la fermeture massive d'offices postaux, les socialistes ont déposé une motion qui demande le maintien d'un bureau de poste par commune. A défaut, le local le plus proche doit pouvoir être atteint en dix minutes par les transports publics, explique son auteur, le Grison Andrea Hämmerle. Il demande aussi que les concurrents privés de La Poste versent à celle-ci une commission permettant de couvrir les coûts du service public.

Dans cette affaire, la gauche n'est pas la seule à s'opposer à la réforme du réseau de distribution. Plusieurs députés montagnards, notamment les Grisons Walter Decurtins (PDC) et Brigitta Gadient (UDC), sont montés aux barricades mercredi, convaincus eux aussi que cette restructuration pénalisera les régions périphériques. Pour compenser les 100 millions d'économies qu'Ulrich Gygi espère tirer de cette opération, Brigitta Gadient suggère d'augmenter de 10 centimes le tarif des lettres. De son côté, Serge Beck (lib./VD) regrette que l'on n'ait pas procédé à un «maillage géographique ou démographique» au moment de la réforme des PTT.

Evolution

Pris sous un feu nourri, Moritz Leuenberger a tenté de ramener le calme. Il a longuement rappelé que le projet de La Poste ne vise pas, contrairement à ce qu'affirme la gauche, à fermer entre 700 et 1000 bureaux de poste, mais seulement 80, les autres devant être remplacés par de nouvelles formes de desserte. «Les besoins des clients ont changé. Ils sont de plus en plus nombreux à effectuer leurs transactions par Internet. La Poste doit tenir compte de cette évolution. J'ai beaucoup de compréhension pour le rôle social et culturel joué par les buralistes. Mais si vous voulez que ce rôle appartienne aussi au service universel, il faut alors modifier la loi et trouver le financement nécessaire», répond-il. S'agissant des déclarations d'Ulrich Gygi, Moritz Leuenberger lui reconnaît le droit d'avancer un objectif de rendement de 10%, mais il qualifie l'entrée en Bourse de La Poste de «rêve lointain». Il prend enfin acte du fait que la création d'une banque postale n'a «déclenché qu'un enthousiasme modéré».