Le Temps: La nouvelle loi suffira-t-elle à ramener Genève à un taux de chômage proche de la moyenne suisse?

Jamshid Pouranpir: La nouvelle loi permettra sans doute de faire baisser le taux de chômage, parce que la période de prise en charge sera moins longue. Mais elle ne permettra pas de replacer davantage de gens sur le marché du travail. Les mesures prévues sont insuffisantes: les programmes d'emploi-formation de six mois ne permettront pas aux gens de se requalifier, et les allocations de retour en emploi profiteront avant tout aux entreprises, libres de renvoyer les personnes lorsqu'elles ne touchent plus de subsides de l'Etat. Plutôt que de réduire les droits des chômeurs, la nouvelle loi devrait contraindre les entreprises qui viennent s'installer à engager des demandeurs d'emploi genevois. L'autre problème du nouveau dispositif est qu'il culpabilise les chômeurs. Ils sont considérés a priori comme des tricheurs potentiels, alors que seule une petite minorité profite du système.

- La Confédération s'est montrée très critique au sujet de la loi actuelle, elle attend un changement. Dans ces conditions, a-t-on vraiment le choix?

- Tout à fait. En août dernier, le Tribunal fédéral a reconnu que les emplois temporaires donnaient droit à la réouverture d'une deuxième période d'indemnités. Le Secrétariat d'Etat à l'économie serait donc mal inspiré de vouloir interdire cette pratique à Genève, car des recours auraient de bonnes chances d'aboutir. D'autant plus qu'en 24 ans, personne n'a relevé l'incompatibilité de ce dispositif avec le droit supérieur. Bien sûr, il est toujours possible de changer la loi fédérale, mais cela prendrait au moins deux ans. Dès lors, il n'y a aucune raison de renoncer maintenant à un système qui, même s'il n'est pas parfait, permet à plus d'un tiers des gens de retrouver un emploi fixe et met à disposition de certains services de l'état le personnel nécessaire à leur fonctionnement.

- La nouvelle loi provoquera-t-elle un afflux de gens à l'aide sociale?

- Oui, nous pensons que davantage de gens se retrouveront à l'aide sociale, parce qu'ils arriveront beaucoup plus vite au terme du délai d'indemnisation par l'assurance chômage. Et comme le nouveau dispositif ne sera pas plus efficace que le système actuel pour les réinsérer sur le marché de l'emploi, cela occasionnera un report de charges sur l'assistance publique, alors que Genève compte aujourd'hui beaucoup moins de bénéficiaires de ce type de prestations que certains cantons alémaniques dont on a voulu s'inspirer pour élaborer la nouvelle loi.

- L'Etat est-il capable de mettre à disposition les emplois de solidarité qu'il promet?

- Nous avons de sérieux doutes sur le nombre d'emplois de solidarité qui pourront être créés et le Conseil d'Etat n'a fait aucune promesse à ce sujet. Nous ne sommes pas opposés au développement de l'économie sociale et solidaire, mais les partisans de la nouvelle loi veulent lui faire jouer un rôle qu'elle risque de ne pas pouvoir assumer: lors des débats au Grand Conseil, certains députés de droite estimaient que seules quelques centaines d'emplois sont à disposition dans ce secteur. En outre, ces emplois ne sont pas inscrits dans la loi comme un droit pour tous les chômeurs. C'est l'administration qui décidera d'offrir ou non un travail de ce type.

- De quel ordre seront les salaires versés pour ces emplois?

- Des négociations doivent être menées, mais ces emplois sont une porte ouverte à la sous-enchère salariale. Ils concernent des branches peu attractives pour l'économie et dégageront des salaires proches de l'aide sociale. De plus, nous n'avons aucune garantie que l'Etat les financera durablement. Dans ces conditions, il est difficile de parler d'emplois à durée indéterminée.