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Le comité référendaire affirme que le subventionnement du photovoltaïque et de l'éolien n'en vaut pas la peine. (Keystone)
© Gaetan Bailly / Keystone

Énergie

La réforme énergétique provoque une querelle de chiffres

Le comité référendaire opposé à la Stratégie énergétique 2050 affirme qu’elle coûtera 200 milliards à la Suisse et 3200 francs par ménage. Doris Leuthard ramène la facture à 40 francs. Qui dit vrai?

Combien coûtera la transition énergétique? 40 francs par an comme le prétend Doris Leuthard ou 3200 francs par année pour un ménage de quatre personnes comme l’affirme le comité référendaire piloté par l’UDC? Comme souvent, la vérité se situe entre ces deux extrêmes, mais le fossé est si béant qu’il convient de se demander si la facture individuelle sera plus proche des 40 francs ou des 3200. Tout dépend en fait de ce que l’on prend en compte.

La Stratégie énergétique 2050 (SE 2050), sur laquelle on vote le 21 mai, prévoit de remplacer progressivement l’énergie nucléaire par des ressources renouvelables. Celles-ci étant relativement peu développées en Suisse, il est question de les subventionner par un prélèvement sur le prix du kilowattheure. Cette ponction est actuellement de 1,5 ct/kWh, ce qui représente une facture d’environ 75 francs par ménage. Avec la nouvelle loi, elle passera à 2,3 ct/kWh, soit 40 francs de plus. L’argent supplémentaire ainsi récolté, estimé à 480 millions par an, sera utilisé pour subventionner le photovoltaïque, les éoliennes, la géothermie, la biomasse ainsi que les grandes centrales hydrauliques, qui percevraient le quart de ces 480 millions.

Lire aussi: Doris Leuthard: «Une nouvelle centrale nucléaire ne serait jamais acceptée»

C’est le seul élément du projet qui affecte directement le porte-monnaie, affirme Doris Leuthard. C’est juste, mais il faut considérer des effets indirects. Un des volets de la réforme consiste à renforcer le programme d’assainissement des bâtiments financé par la taxe CO2 sur les combustibles. Elle est de 84 francs par tonne de CO2. Le montant affecté à ces travaux d’assainissement sera relevé de 300 millions à 450 millions par an. Les deux tiers des recettes seront, comme jusqu’à présent, reversés à la population (via une réduction de la prime d’assurance maladie de 67 fr. 80) et aux entreprises (par les cotisations AVS). A niveau de taxe constant, la part redistribuée pourrait ainsi diminuer. Mais le Conseil fédéral a la possibilité de l’augmenter jusqu’à 120 francs par tonne de CO2.

Une deuxième étape mort-née

Le gouvernement limite son argumentation au texte de loi sur lequel le peuple se prononce dans un mois et demi. Tel n’est pas le cas des opposants. Ils voient plus loin. Ils relèvent que le Conseil fédéral a toujours dit qu’une deuxième, voire une troisième étape seraient nécessaires pour remplacer le nucléaire et atteindre les objectifs de réduction de consommation d’énergie. Selon eux, la transition énergétique coûtera au total 200 milliards de francs à la Suisse et 3200 francs par an pour un ménage de quatre personnes. «Nous n’inventons pas ces chiffres», affirme l’ancien président de l’UDC, Toni Brunner, qui dirige la campagne référendaire. Prenons les 3200 francs. Comment l’UDC parvient-elle à cette estimation? Elle reprend en fait les montants maximaux évoqués dans le projet de deuxième étape présenté par le Conseil fédéral. Selon ce projet, l’électricité pourrait renchérir de 3 centimes supplémentaires par kWh, l’huile de chauffage de 67 centimes par litre et l’essence de 26 centimes par litre.

Lire aussi: L’économie se déchire autour du tournant énergétique

Ces chiffres figuraient bien dans le projet du Conseil fédéral. Toutefois, en mars, le Conseil national a refusé d’entrer en matière et le Conseil des Etats fera sans doute de même avant l’été. Cette deuxième étape est donc mort-née. «Il faudra cependant d’autres mesures si l’on veut atteindre l’objectif de réduction de consommation d’énergie de 43% d’ici à 2035 fixé dans la loi», affirme Toni Brunner. Il part du principe que ces mesures supplémentaires seront de même ampleur que les taxes incitatives évoquées dans le projet mort-né du gouvernement. Doris Leuthard a cependant affirmé au Temps que ces objectifs, qui ont été transformés par le parlement en «valeurs indicatives» moins contraignantes, pourraient être atteints sans taxes d’incitation.

Accusation de manipulation

Pour continuer de brandir la menace d’une facture de 3200 francs par ménage de quatre personnes, l’UDC s’appuie désormais sur une autre argumentation. Elle relève que le coût total de 200 milliards de francs a été avancé par le Conseil fédéral lui-même et par les scénarios de l’Association suisse des électriciens (AES) et le divise par le nombre d’habitants sur trente ans.

En 2013, le gouvernement a effectivement articulé le chiffre de 211 milliards. Que recouvrait-il? 126 milliards concernaient le «renouvellement et l’exploitation des centrales existantes», 67 milliards la construction et l’exploitation de nouvelles centrales et 18 milliards la restructuration et l’extension des réseaux de transport d’électricité. Quant aux trois scénarios de l’AES présentés en 2012, ils oscillaient entre 118, 135 et 150 milliards.

Ces estimations incluent les nouvelles installations (photovoltaïques ou éoliennes), leur raccordement au réseau, mais aussi l’entretien et le renouvellement des lignes à haute tension existantes ainsi que la construction d’éventuelles centrales à gaz. Il est donc faux d’en conclure que la SE 2050 coûtera 200 milliards. Au moins la moitié de cette somme est destinée à moderniser et à entretenir le réseau électrique, un travail qu’il faut faire de toute manière, «Stratégie énergétique 2050 ou non», affirme l’AES, qui accuse l’UDC de «manipuler» ses chiffres. L’UDC ajoute à cela 80 à 100 milliards pour remplacer les chauffages au mazout dès 2029; or rien n’a été décidé à ce sujet.

L’UDC continue donc de mener campagne avec des chiffres et un affichage chocs – «Payer 3200 francs de plus pour une douche froide?». Le comité référendaire investira 2 millions pour convaincre les citoyens de voter non le 21 mai, annonce Toni Brunner. Que propose-t-il à la place des énergies vertes? Des centrales à gaz. «Cette solution coûterait bien moins cher que le subventionnement des renouvelables. Et dire que celles-ci ne coûtent rien, c’est de l’enfumage», affirme Benoît Genecand (PLR/GE), membre du comité. Le problème, c’est qu’il n’existe aucun projet concret et que les centrales à gaz seraient contraires aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat.

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