On ne peut pas dire que l'enterrement, mercredi par le Conseil fédéral, de la réorganisation des départements a déclenché des torrents de larmes et de regrets dans les partis politiques, quand bien même le parlement exerce une pression constante sur l'exécutif pour le pousser à l'action.

Le seul communiqué publié sur la question émanait jeudi du Parti évangélique, qui propose de relancer la machine en en confiant la responsabilité au parlement. Sans vouloir sous-estimer les mérites du dit parti, ses deux élus au Conseil national, adoptés par le groupe démocrate-chrétien, ne sont pas de ceux qui donnent le ton sous la Coupole.

S'agissant des grands partis, le sujet ne paraissait pas passionner les démocrates-chrétiens, dont la représentante au gouvernement, Doris Leuthard, avait tout à gagner ou tout à perdre avec le regroupement de la formation et de la recherche chez elle ou au Département de l'intérieur. Les socialistes ne se sont jamais vraiment investis dans une réforme pour laquelle leurs deux conseillers fédéraux successivement en charge du dossier en tant que président de la Confédération, Moritz Leuenberger et Micheline Calmy-Rey, se sont respectivement à peine et pas du tout engagés.

Radicaux les plus concernés

Ce sont les radicaux qui s'étaient le plus nettement profilés sur la question, en particulier le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Burkhalter et le président du parti, Fulvio Pelli. C'est un de leurs deux conseillers fédéraux, lui-même loin d'être convaincu par l'utilité de la réforme, qui a mercredi refermé le dossier sur un constat d'échec. La thèse de Pascal Couchepin est qu'un dossier porté par deux conseillers fédéraux a plus de chances de trouver une majorité au sein du collège gouvernemental que s'il est défendu par un seul de ses membres. Mais au moins le président de la Confédération a-t-il, en comparaison avec ses deux prédécesseurs, mené activement à son terme la recherche d'une solution avec ses six collègues, avant d'aboutir au statu quo.

Le fait que la démarche soit le fait d'un radical limite l'expression, dans les rangs du parti, d'une déception qu'il ne faut pas sous-estimer. On note du reste une réaction tardive, jeudi en fin d'après-midi, des radicaux zurichois. Leur prudence ne doit rien à une supposée indifférence de leur part, bien au contraire, assure Didier Burkhalter. C'est une entreprise de longue haleine, relève-t-il. Si ce n'est pas maintenant, une solution éclora plus tard, il faut trouver le moyen de relancer le processus. Le Neuchâtelois convient tout de même que le fait que plusieurs membres du gouvernement soient en fin de carrière, donc en principe moins attachés à la défense des limites de leur pré carré, aurait permis d'espérer une autre issue.

Ce qui le frappe dans le tour pris par les évènements est la difficulté du Conseil fédéral à se projeter dans l'avenir. A un moment où l'on parle de projections à cinquante ans pour les finances fédérales, on n'est pas capable de se projeter beaucoup moins loin sur l'organisation du Conseil fédéral. Didier Burkhalter, pour sa part, entend continuer à s'investir dans la recherche de solutions permettant de renforcer le rôle de collège du gouvernement et de lui donner plus de temps pour faire de la politique. Au lieu de favoriser les synergies et de renforcer la collégialité de façon à éviter les pertes d'énergie, on renforce la départementalisation, déplore-t-il, ce qui aboutit au renforcement de l'administration par rapport au politique. Même si la pression exercée par le Parlement lui est désagréable, le Conseil fédéral, poursuit le conseiller aux Etats neuchâtelois, ne peut pas la nier. S'il ne veut rien faire sur des questions telles que la formation et la sécurité, il devra expliquer clairement les avantages du statu quo.

Pas au programme

Le Parti radical, qui est plus que d'autres attaché, par sa culture propre, à la question des institutions, n'a toutefois aucune raison d'entrer en conflit avec Pascal Couchepin sur cette question. D'autant moins que celle-ci ne figure pas dans son programme électoral. Et d'une façon générale, les observateurs de la politique fédérale estiment qu'il faudra attendre le départ des dinosaures du collège gouvernemental pour relancer la dynamique de la réorganisation des départements.