Est-il possible de réaliser une réforme hospitalière consensuelle, sans heurter? C'est le pari tenté par le ministre jurassien de la Santé, Claude Hêche. Il multiplie les analyses et les réflexions en commissions. Il est persuadé que l'opération minceur des hôpitaux jurassiens ne peut se faire qu'avec les professionnels de la santé et l'assentiment de la population.

La méthode Claude Hêche présente pourtant un inconvénient: elle donne l'impression que rien ne bouge. Malgré le feu vert du parlement en décembre 1998, le ministre de la Santé n'a pas accéléré la mise en place de la réforme. Une commission d'experts a jusqu'en septembre 1999 pour tracer les lignes de la collaboration et de la répartition des spécialités médicales entre les hôpitaux de Delémont et de Porrentruy.

Critiqué parce qu'il manque de substance et d'options courageuses, le plan sanitaire cantonal fixe pour principe que les établissements de Delémont, de Porrentruy et de Saignelégier ne constitueront plus qu'un hôpital multisites, avec une direction administrative et médicale unique. Le nombre de lits aigus devra passer de 346 en 1997 à 250 à fin 2000. Si Delémont et Porrentruy garderont les soins de base, un service d'urgences et leur maternité, les autres prestations médicales ne devront plus être dispensées que dans un établissement. La réforme doit permettre de stabiliser les coûts hospitaliers dans le Jura.

Le Temps: La réforme sanitaire jurassienne fait-elle du surplace?

Claude Hêche: Non. Il y a une volonté d'aller de l'avant et de maîtriser les coûts. Le nombre de lits de soins aigus a déjà été réduit, tout comme les effectifs du personnel hospitalier. Sans licenciement, je tiens à le préciser. Nous voulons réformer en collant aux évolutions, légales et médicales, même si elles manquent parfois de logique, je pense aux modifications envisagées de la LaMal. Cela nécessite de la souplesse, de la réflexion et de la patience. Les décisions tomberont à fin 1999 et dans le courant de l'an 2000.

– Vous multipliez les études et les travaux de commissions, craignez-vous d'être directif?

– Il ne faut pas négliger la complexité de la matière. La réforme sanitaire déborde du cadre hospitalier. Le patient doit être dirigé au bon endroit et au bon moment, avec un suivi. Qui dit complexité, dit réflexion élargie. Je tiens à la participation des acteurs de la santé. Le partenariat est à mes yeux une composante essentielle de la réussite de la réforme.

– Qui décidera en fin de compte des spécialités médicales attribuées aux hôpitaux de Delémont et de Porrentruy: les médecins ou l'autorité politique?

– Les deux! J'ai constaté que les acteurs de la santé ont pris conscience de la nécessité de rationaliser. Ils constatent que leurs moyens diminuent, ils semblent abonder dans le sens du cadre nouveau que fixe le plan sanitaire. Si leurs propositions ne devaient pas répondre aux objectifs du plan, le pouvoir politique devra intervenir. Je l'imagine davantage ratifier que trancher.

– Lorsque vous avez proposé de supprimer l'une des deux maternités, il y a eu une levée de boucliers. Vous êtes revenu au statu quo. Avez-vous eu peur de trancher?

– La consultation a montré une quasi-unanimité pour maintenir deux maternités. Ce maintien était aussi exigé par les 8000 signataires d'une pétition. Une centralisation risquait de provoquer des blocages, susceptibles de faire capoter l'ensemble du projet.

Je le répète, nous voulons réformer nos hôpitaux dans un cadre donné. Si cela devient nécessaire, je trancherai, n'ayez crainte. Mais ma méthode de travail privilégie la consultation, la participation et la volonté de dégager des consensus. C'est dans cet esprit que nous avons retenu la formule d'hôpital sur trois sites, elle correspond à nos sensibilités et à nos moyens.

– Les cantons voisins de Neuchâtel et de Berne revoient eux aussi leur fonctionnement hospitalier. Y a-t-il concertation intercantonale?

– Oui. Notre centre de gestion des hôpitaux a des contacts réguliers avec les responsables des hôpitaux de Moutier et de Saint-Imier. Avec Neuchâtel, nous réfléchissons ensemble aux programmes de prévention et de promotion de la santé. Nous collaborons aussi étroitement avec l'Hôpital de La Chaux-de-Fonds, qui reçoit les patients franc-montagnards. Mais, pour cause de cultures différentes, nous ne sommes pas encore prêts à envisager une gestion unique de tous les hôpitaux de l'arc jurassien.