Xavier Magnin, président de l’Association des communes genevoises, réagit au rapport de la Cour des comptes, qui recommande la suppression des polices municipales.

Le Temps: Qu’est-ce que les communes ont à craindre de ce rapport?

Xavier Magnin: Dans les deux scénarios proposés, à savoir les polices intégrées ou une gouvernance cantonale unique, les communes perdraient le commandement opérationnel alors qu’elles devraient contribuer financièrement. Les agents de la police municipale (APM) perdraient leur capacité d’agir.

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En quoi cela serait-il problématique, puisque la cour relève le manque actuel de cohérence?

Chaque commune a des réalités différentes, les problèmes des communes urbaines ne sont pas ceux des communes campagnardes. Les missions confiées aux APM répondent donc à des besoins spécifiques. Nous craignons aussi que la police se mobilise pour la répression, en délaissant la prévention et la proximité avec les riverains. Nous voudrions que les APM conservent leur rôle d’acteurs de terrain. Même le système d’incendie et de secours (SIS) connaît un regroupement intercommunal, ce qui peut être aussi imaginé avec la police de proximité et permettrait à l’ensemble des communes de gouverner et de diriger.

Les communes ne craignent-elles pas d’abord les coûts qu’elles devraient supporter?

Aussi, puisque cela amènerait des coûts supplémentaires, en termes de brevets notamment. Les policiers municipaux devront passer le brevet fédéral de policier afin de pouvoir porter une arme, ce qui va prendre du temps. De plus, certains agents ont choisi ce métier pour d’autres raisons, il est donc à craindre que nous perdions des APM qui ne se sentent pas appelés pour ces nouvelles tâches.

Vous ne reconnaissez pas les problèmes que la Cour des comptes évoque, notamment le manque de collaboration entre les polices municipales et la police de proximité cantonale?

Oui, effectivement, il y a mieux à faire en matière de transmission de l’information. Mais, pour ce faire, il n’y a pas besoin d’une gouvernance unique, il suffit de mieux coordonner les outils de communication.

Le conseiller d’Etat Mauro Poggia semble pourtant enthousiaste à l’égard de la réforme proposée par la Cour des comptes consistant à mettre en place une police de proximité unique…

Je comprends son envie de réformer, mais nous irons discuter avec lui pour défendre notre position proposant également des changements. Car dans le modèle de gouvernance unique ou des polices intégrées, les communes ne seront bonnes qu’à payer. Cela se chiffrera en dizaines de millions de francs.

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Le canton de Vaud connaît une meilleure intégration des polices que Genève. C’est un anti-modèle?

On évoque souvent la pertinence des modèles vaudois, à tort. Dernièrement, j’ai participé à une réunion de l’Union des communes vaudoises, qui sont en train de faire machine arrière sur passablement de choses. Les communes genevoises, elles, souhaitent avoir leur mot à dire sur la police de proximité et la prévention. Ces deux aspects ne seront pas plus efficacement traités en cas de polices intégrées ou de gouvernance unique du canton. Il serait dommage, si tout devient cantonal, que les communes soient obligées de passer par des sociétés de sécurité privées pour assurer ces tâches.