Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Léonore Porchet, députée Verte dans le canton de Vaud, et Géraldine Savary, sénatrice socialiste (PS/VD).
© François Wavre | lundi13

Prévoyance vieillesse 2020

Réforme de la retraite: les femmes sont divisées sur leur propre sort

L’augmentation de l’âge de la retraite des femmes d’une année, de 64 à 65 ans, est une des principales mesures de la réforme des rentes. Du même bord politique, la sénatrice Géraldine Savary et la députée Léonore Porchet débattent de cette question qui les oppose

Cet entretien fait partie de notre série d'articles et vidéos consacrés à la réforme du système de prévoyance, sur laquelle les Suisses vont voter le 24 septembre. 
Retrouvez ici notre dossier: La bataille des retraites

La réforme de la prévoyance vieillesse, soumise au peuple le 24 septembre prochain, divise la gauche lémanique. La sénatrice Géraldine Savary (PS/VD) a suivi les débats parlementaires et défend un projet globalement favorable aux femmes. Députée verte dans le canton de Vaud, Léonore Porchet parle d’une injustice. Elles en ont débattu à l’invitation du Temps.

«Le Temps»: Madame Savary, comment une femme de gauche peut-elle accepter l’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes?

Géraldine Savary: Je ne défends pas l’augmentation de l’âge de la retraite pour les femmes en tant que telle mais un projet qui est, malgré cet aspect, globalement positif pour elles. Je ne le ferais pas si j’avais le moindre doute à ce propos. Le Parti socialiste a obtenu ce qu’il pensait ne jamais pouvoir obtenir, étant donné le rapport de force au parlement. L’AVS sera renforcée, ce qui aura un impact essentiel pour les femmes. Lesquelles auront aussi un meilleur accès au 2e pilier et bénéficieront de davantage de flexibilité à l’heure de prendre leur retraite. Elles pourront toujours partir avant 65 ans avec la même, si ce n’est une meilleure rente qu’aujourd’hui. Pour la majorité des femmes et surtout pour celles qui en ont le plus besoin, c’est banco sur toute la ligne!

Madame Porchet, vous êtes contre cette réforme principalement en raison de l’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes. Vous en niez les aspects positifs?

Léonore Porchet: Je n’accepte pas que la gauche dise que cette réforme est positive malgré l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Car il ne s’agit pas d’un détail mais d’un élément central du projet. La preuve: la plus grande partie des économies repose sur cette seule mesure. S’y ajoute l’augmentation de la TVA. Alors si je résume: les femmes vont travailler une année de plus. Elles cotiseront une année de plus et perdront une année de rente. En plus, elles subiront l’augmentation du coût de la vie. Pour moi, ce n’est pas un détail. Un parlement à majorité de droite a simplement sacrifié les femmes pour stabiliser le système.

G. S.: Pourquoi pensez-vous que des militantes de la première heure de l’égalité, et je pense surtout à Ruth Dreifuss ou encore à Christiane Brunner, s’engagent en faveur du oui? Pourquoi pensez-vous que le groupe des Verts au parlement a voté à l’unanimité en faveur de ce projet? Pensez-vous vraiment que toutes ces personnes ont sacrifié les femmes sur je ne sais quel autel? Si on laisse de côté les slogans pour analyser concrètement les conséquences pour les femmes, l’engagement en faveur de la réforme devient une évidence. Le parlement a fait preuve de beaucoup d’inventivité. En termes d’avancées sociales, c’est même incroyable ce qui a pu être obtenu, dont la retraite à temps partiel ou encore une meilleure protection des chômeurs affiliés au 2e pilier.

Madame Savary, de nombreuses femmes ne peuvent malgré tout pas se permettre de prendre une retraite anticipée. Vous pensez qu’elles ont envie de travailler une année de plus?

G. S.: Aujourd’hui déjà, une partie importante des femmes prennent une retraite anticipée. Et elles pourront continuer à le faire. Mieux: avec la réforme, il sera plus intéressant pour toutes les femmes de prendre une retraite anticipée à 62 et à 63 ans. Seules les femmes avec un salaire annuel brut de plus de 85 000 francs suisses, soit la catégorie la plus aisée, perdront un peu moins de 30 francs par mois si elles partent à 64 ans. Doit-on rejeter toute la réforme pour ce seul cas de figure? J’estime que non.

L. P.: Ce que vous ne dites pas, Madame Savary, c’est qu’en travaillant jusqu’à 65 ans, les femmes repoussent d’une année la perception d’un montant auquel elles ont droit aujourd’hui à 64 ans. Et même si à 65 ans, la rente est améliorée, il leur faudra attendre jusqu’à 94 ans pour récupérer l’année de rente AVS qu’elles vont perdre.

L’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes va permettre à terme à l’AVS d’économiser 1,3 milliard de francs suisses. N’est-ce pas un fait?

G. S.: Cette réforme est un compromis, je ne dis pas qu’elle est parfaite, sinon ce serait une initiative populaire du Parti socialiste! Mais nous avons sur la table un projet équilibré, avec des mesures compensatoires. Après vingt ans d’échecs, nous avons là une occasion unique de sécuriser les rentes et d’assurer l’avenir des futurs rentiers. Et pas n’importe comment: nous renforçons l’AVS, une institution à laquelle les Suisses tiennent et que la gauche surveille comme le lait sur le feu.

L. P.: Je ne peux qu’approuver l’augmentation de 70 francs des rentes AVS. Sauf lorsqu’on utilise cette mesure compensatoire pour convaincre les femmes qu’elles ne travailleront pas une année de plus pour rien mais qu’en contrepartie, elles amélioreront leur rente. Car ce bonus n’a pas été conçu pour elles. Il l’a été pour amoindrir les effets de la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier, qui affectera tout le monde. En fait, il n’y a rien dans cette réforme qui compense spécifiquement l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Ce sont chaque fois les deux sexes qui bénéficient des améliorations. De mon point de vue, cette réforme est donc injuste d’un point de vue égalitaire et idéologique. Elle est également en décalage complet avec la réalité du marché du travail, qui n’accueille pas les femmes de plus de 50 ans à bras ouverts. Bien au contraire.

Effectivement: prenons le cas d’une femme et d’un homme. Ils ont 49 ans. Même parcours professionnel et même salaire. Admettez-vous, Madame Savary, que la réforme profite davantage à l’homme, qui bénéficie des droits acquis pour son 2e pilier, qu’à la femme, qui bénéficie des mêmes droits acquis mais voit son âge de référence de la retraite passer de 64 à 65 ans?

G. S.: Je suis parfaitement consciente de la réalité et je ne cesserai jamais de me battre pour les femmes. Mais ce que je sais aujourd’hui, c’est que sans cette réforme, la situation de la femme sera pire encore. Il y a là un espace dans lequel nous pouvons avancer. Si nous ne saisissons pas cette occasion, nous n’aurons rien amélioré.

Pourquoi n’avoir pas fait de l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes une condition pour améliorer l’égalité salariale, Madame Savary?

G. S.: Mais nous avons essayé. Il y a eu plusieurs propositions qui ont été refusées. Dans les faits, il faut admettre qu’il est très compliqué de lier les deux objets. L’égalité salariale sera un autre combat. Et il faudra aller bien au-delà de l’aspect purement salarial car le ciel s’assombrit. Depuis que je fais de la politique, j’ai vécu des moments remplis de promesses, avec des mobilisations fortes. Malheureusement, je constate aujourd’hui que l’égalité n’est plus une priorité. Certains comportements m’inquiètent. Il n’y a qu’à voir comment est traitée une candidate au Conseil fédéral. Des mots qui n’auraient jamais été acceptés il y a quelques années le sont de nouveau.

L. P.: De mon côté, j’ose espérer que ceux qui plaident aujourd’hui pour un âge de la retraite égal entre les hommes et les femmes seront ensuite actifs pour atteindre l’égalité sur le plan salarial. Que si cette réforme passe, une vraie loi sur l’égalité sera présentée et pas les mesurettes qu’on nous annonce et qui ne sont qu’une vaste blague. A ce propos, je suis certaine qu’une fois la votation passée, on se retrouvera, avec Madame Savary, en première ligne pour défendre la cause des femmes.


L’après-24 septembre ne fait pas peur aux opposants

Géraldine Savary craint les conséquences d’un refus de la réforme PV2020. Léonore Porchet rappelle que rien ne se fera sans le peuple.

«Le Temps»: Madame Porchet, qu’est-ce que vous proposez pour réformer le système de la prévoyance vieillesse?

L.P.: Un militant de gauche ne peut soutenir ni une hausse de la TVA, qui est une taxe antisociale, ni une hausse de l’âge de la retraite. Nous ne pouvons pas soutenir davantage la baisse du taux de conversion avec des mesures de compensation qui passent par l’augmentation des cotisations. Quand on connaît l’instabilité des marchés financiers, j’estime qu’on fait fausse route en continuant à miser sur le 2e pilier et qu’il faut au contraire continuer à se battre pour un renforcement clair du 1er pilier. Les prévisions alarmistes le concernant ont toujours été démenties par la réalité. Et il n’est pas interdit d’imaginer d’autres sources de financement. De plus, l’égalité salariale ramènerait plus de 600 millions de francs dans les caisses de l’AVS si elle était respectée.

G.S.: Permettez-moi de vous rappeler la réalité politique! La population a rejeté l’initiative AVSplus en 2016. La réforme soumise au peuple prévoit néanmoins un renforcement du 1er pilier, avec l’augmentation de 70 francs des rentes mensuelles AVS pour les personnes seules. Ce montant peut paraître modeste, mais il a donné lieu à des débats intenses. Il était impossible d’aller au-delà. La preuve: la réforme a été adoptée par le parlement à une voix près. Et ne perdons pas de vue non plus que les vrais adversaires du projet, on les trouve à droite. PLR et UDC ne veulent absolument pas d’un quelconque renforcement de l’AVS.

Alors si la réforme est refusée le 24 septembre, vous pouvez être certaine que ces 70 francs seront perdus à jamais. Et quelle sera alors la solution? Malheureusement pour vous, Madame Porchet, je suis prête à parier toute ma bibliothèque que la réforme n’ira pas du tout dans le sens que vous souhaitez. Car jusqu’à preuve du contraire, l’extrême gauche n’est pas majoritaire au parlement. Si c’est non le 24 septembre, ce sera une victoire de la droite, qui pourra imposer son programme, à savoir la retraite à 67 ans, la baisse du taux de conversion et pas de contrepartie.

Madame Porchet, n’avez-vous pas conscience que vous avez beaucoup à perdre dans un refus de la réforme?

L.P.: Je l’admets: il y a quelques avancées dans ce projet. Mais ce n’est de loin pas la réforme que la gauche peut souhaiter. Je comprends d’ailleurs difficilement que le PS s’engage autant dans la campagne. On se bat pour l’égalité entre hommes et femmes, pour une meilleure répartition des richesses. Et cette réforme va à l’encontre de ce combat.

Dossier
La bataille des retraites

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a