Tessin

La réforme scolaire tessinoise déplaît à la droite populiste

L’UDC a recueilli 9000 signatures pour lancer un référendum contre un projet qui, selon elle, entraînerait un nivellement par le bas

Plus de 9000 signatures pour freiner le projet pilote lié à la réforme scolaire du Tessin. C’est ce qu’a récolté l’UDC tessinoise avec un texte intitulé «Non au démantèlement de l’école publique». Soutenu par la droite populiste (la Lega, Area liberale), le parti a lancé un référendum afin de bloquer le crédit de 6,7 millions – approuvé en mars par le Grand Conseil – destiné à la phase expérimentale de la réforme scolaire baptisée La scuola che verrà.

Si les 7000 signatures nécessaires sont validées par la Chancellerie, les Tessinois devront voter. Par conséquent, le projet pilote, qui devait être lancé cet automne et dont la durée prévue est de trois ans, sera retardé d’au moins un an. Fruit de plus de cinq ans d’études et de consultations, l’expérience concerne trois écoles primaires et quatre écoles secondaires. Avec l’ambition d’être généralisée à l’ensemble du système scolaire cantonal, pour un coût annuel de 34,5 millions de francs.

Nombre d’élèves par classe réduit

Directeur de la division de l’école au Département de l’éducation, de la culture et du sport (DECS), Emanuele Berger explique que le projet propose un cursus où 40% des enseignements se feront en plus petits groupes (réduits de moitié), pour mieux tenir compte des besoins des élèves. La réforme mise aussi sur le team teaching: l’enseignant de référence bénéficiera du soutien d’un collègue, afin d’assurer un encadrement plus étroit.

Cela notamment pour les cours de mathématiques et d’allemand, «les matières où les élèves ont le plus souvent recours à des cours privés en dehors des horaires scolaires». La réforme prévoit aussi l’abolition des niveaux A et B (regroupant respectivement les «bons» et les «moins bons» élèves) en troisième et quatrième années de secondaire, en mathématiques et en allemand, «parce qu’ils engendrent une série de problèmes que la réforme veut dépasser». Par ailleurs, la nouvelle formule offrira plus d’options et de matières à choix.

Système accusé d’«uniformiser les élèves»

Emanuele Berger dément fermement que la révision du système scolaire tessinois entraînera un nivellement par le bas, comme le prétendent les référendaires. «Dans le cadre de cette réforme, tout est fait pour apprendre plus et mieux. Les critiques craignent l’égalité des résultats, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. L’école promouvra encore davantage l’égalité des chances entre les élèves issus de différents milieux.»

Président de l’UDC tessinoise, Piero Marchesi estime que le projet proposé par le chef socialiste du DECS, Manuele Bertoli, est «idéologique» et n'est pas en phase avec l’évolution de la société et de l’économie. Le principe d'«inclusivité» existe déjà dans le système scolaire tessinois, soutient-il; personne n’en est exclu. «L’idée d’uniformiser les élèves, d’éliminer les différences naturelles – il y en a certains, par exemple, qui sont plus compétents en langues et d'autres qui le sont davantage en mathématiques – portera préjudice à l’enseignement et affaiblira nos standards d’éducation, les tirant vers le bas.»

Soutien des associations de parents

Selon Piero Marchesi, la réforme est loin de faire consensus, même au sein des milieux de l’éducation. «Au cours de notre campagne de récolte de signatures, plusieurs enseignants, ex-enseignants et directeurs d’école nous ont soutenus. Pour nous, la réforme doit être débattue plus amplement, avec le peuple. Nous devrons vivre avec durant vingt à vingt-cinq ans; il est impératif qu’elle soit discutée en profondeur.» L’élu ajoute qu’il s’agit par ailleurs d’un modèle qui a déjà été adopté à l’étranger, puis abandonné parce qu’il ne fournissait pas les résultats souhaités.

En revanche, l’Association cantonale des parents a d’emblée été favorable à La scuola che verrà. Quant au Forum des associations des enseignants et au Collège des directeurs d’école, ils ont approuvé le projet après qu’une première mouture a été remaniée avec leur collaboration.

Parmi les opposants de l’école «rouge», des députés de droite avaient proposé l’an dernier leur propre modèle, sans succès. Il s’agissait d’une institution plus sélective, voire élitiste. Les syndicats d’enseignants avaient répliqué ne pas pouvoir endosser «une école publique aveuglément au service de l’économie et qui sépare trop tôt les élèves selon de prétendues compétences innées qui, en fait, sont le fruit d’origines sociales et familiales diverses».

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