Il n'y a pas si longtemps, un directeur de prison pouvait prendre un caïd en audience pour lui demander de régler les soucis causés par tel détenu. Cette manière certes un peu caricaturale de favoriser la sous-culture pour maintenir un ordre interne est représentative des dérapages auxquels peut conduire la vision très classique de l'institution. Pour André Vallotton, chef du Service pénitentiaire du canton de Vaud et fervent partisan du changement, «il ne faut pas faire de la prison un lieu de punition imbécile». Il y aura certes les futures dispositions du Code pénal qui imposeront une analyse plus criminologique de chaque situation et impliqueront une plus grande souplesse. Il faudra se poser la question de l'effet de la peine sur le condamné, son efficacité et imaginer les répercussions sur son avenir. Cette approche est déjà en vigueur pour certaines catégories de délinquants. On ne va pas viser la prise de conscience, l'empathie ou l'amendement pour le trafiquant de drogue albanais dont le seul but est de rentrer au pays au volant d'une Mercedes. C'est un cas classique qui se règle par l'effet dissuasif de la sanction et l'expulsion. Par contre, il faut être attentif au pédophile qui fait de brillantes études en prison mais à qui on ne demande rien d'autre, souligne André Vallotton. Et d'ajouter: «On ne peut pas avoir un régime identique pour tous. Seul le but est identique: éviter la récidive.»

Un univers rodé

Cette réforme ne pourra faire l'économie d'une réflexion sur le but de chaque pratique dans un univers rodé où on perpétue machinalement des règles. Un exemple: les cellules pour les nouveaux arrivants sont placées à côté des cachots et du quartier de haute sécurité. L'adaptation et la formation des surveillants sont également au cœur des préoccupations du chef de service. «Il y a de tout. Les résignés, les réfractaires, les jeunes qui attendent beaucoup de ce métier, ceux qui agissent dans le bon sens de manière intuitive mais dont les efforts sont limités par le manque de cohérence du système.» Ces gardiens seront eux-mêmes suivis sur le plan psychologique afin de les protéger mais aussi de les rendre plus efficaces. «Lorsqu'on est confronté à un pervers qui vous raconte son plaisir de tuer, il faut s'accrocher et ce n'est pas la musculation qui peut vous aider à affronter cela.»