«Réformer le système est un acquis»

Le Temps: Comment expliquez-vous l’acceptation de l’initiative en Suisse romande et un rejet aussi net en Suisse alémanique. Pierre-Yves Maillard a convaincu les Romands et vous les Alémaniques?

Alain Berset: Je ne crois pas au Röstigraben. Et si vous regardez les résultats de plus près, vous constatez qu’entre 2007 et 2014, c’est en Suisse alémanique que l’idée a progressé le plus, soit de presque 15% dans certains grands cantons, comme l’Argovie et Soleure. Dans plusieurs cantons alémaniques, la progression du oui est ainsi plus importante que sur l’Arc lémanique.

– L’initiative étant clairement rejetée, sera-t-il plus difficile de faire passer des réformes face à une droite réconfortée dans son opposition à davantage de surveillance et de contrôle du système?

– Je crois au contraire que réformer le système est maintenant un acquis. Car ce refus de l’initiative ne signifie pas que les citoyens suisses préfèrent le statu quo. Au contraire. Ils veulent des changements mais préfèrent suivre un autre chemin et faire confiance dans la stratégie «Santé 2020» du Conseil fédéral qui est en train d’être mise en œuvre. J’y vois dans tous les cas un soutien et ce serait une erreur de penser qu’il ne faut plus rien faire. Le débat sur la caisse publique étant clarifié, nous pouvons continuer sur la voie que nous avons choisie.

Mais maintenant que la pression de l’initiative pour une caisse publique n’existe plus, votre projet de vouloir séparer plus clairement les activités de l’assurance de base et de l’assurance complémentaire a-t-il une chance devant le parlement?

– Ce projet de séparation de l’assurance de base et des assurances complémentaires est devant la commission compétente du Conseil des Etats. C’est donc l’affaire du parlement. Mais pour moi, le plus important était de pouvoir faire voter la loi sur la surveillance de l’assurance maladie. Ce qui est fait. Cette loi est beaucoup plus efficace qu’elle n’en a l’air. Certains prétendent qu’elle ne résoudra pas les problèmes mais c’est faux. Il s’agit du saut le plus conséquent depuis l’introduction de la LAMal. Elle sera mise en œuvre en 2016, après le délai référendaire et la rédaction des ordonnances. Une meilleure compensation des risques sera pour sa part appliquée dès janvier 2015 et j’en attends des effets dès 2017.

– Les partisans d’une caisse publique parlent d’instaurer ce système dans les cantons romands qui ont plébiscité le changement. Voyez-vous cette proposition d’un bon œil?

– Il appartient aux cantons concernés d’analyser cette possibilité et je n’ai pas à m’exprimer sur cette question. Mais si le débat doit être mené au niveau fédéral, il le sera. Je rappelle juste que cela nécessite une révision de l’assurance maladie plus conséquente que ce que j’ai pu lire et entendre jusqu’à ce jour. Donc si je ne ferme pas la porte à cette réflexion, je peux dire que les obstacles à franchir sont assez élevés.

– Mais avouez qu’un nouveau débat sur cette question vous permettrait de maintenir la pression sur le parlement pour qu’il adopte des réformes, non?

– Encore une fois, avec le résultat de ce jour, j’ai maintenant les clés en main pour poursuivre la réforme du système de l’assurance maladie. Je propose des modifications dont les effets se feront plus rapidement ressentir que ce à quoi une initiative peut prétendre. Ces mesures sont concrètes et d’autres vont suivre, comme une meilleure coordination des soins