Socialisme

Les réformistes s'érigent contre le programme «gauchisant» du PS

Déçu du volet économique du programme du parti, un quarteron de militants lance un contre-programme moins «gauchisant»

«Nous sommes membres du Parti socialiste, mais nous avons besoin d’un PS fort, reposant sur une base large et diversifiée», proclame la conseillère aux Etats Pascale Bruderer, l’un des membres de l’aile réformiste sociale-démocrate qui s’est constituée après l’adoption du programme économique du parti en décembre dernier. Ce groupe constitué avant Noël s’est élargi. Pascale Bruderer annonce «800 personnes enregistrées» et le comité restreint affiche 19 visages, dont ceux de six parlementaires fédéraux: les Zurichois Daniel Jositsch, Chantal Galladé et Tim Guldimann, la Bernoise Evi Allemann et les Argoviennes Yvonne Feri et, bien sûr, Pascale Bruderer.

Ce courant réformiste se défend d'être une dissidence d’un PS. Il est né de la décision du PS d'inscrire dans son programme politique le «dépassement du capitalisme». Pour prouver qu'il est un courant à l'intérieur du PS et non une dissidence, il s’est présenté lundi devant les médias flanqué de deux bannières rouges aux couleurs du PS et la conférence de presse a eu pour cadre l’Hotel Bern, qui n’est autre que l’ancienne Maison du peuple si chère à la gauche.

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Valeurs libérales et lignes rouges

Il demande cependant à être mieux pris en considération lorsque le PS définit ses priorités politiques. Le moment choisi n’est pas un hasard, car, après les tensions observées en décembre, la direction du parti a promis de retravailler le volet économique du programme. C’est dans ce cadre que les réformistes espèrent apporter des inputs. Le document qu’ils ont présenté lundi et mis en consultation pour ceux qui partagent leur approche place quelques accents qui promettent de faire débat à l’interne.

Ils défendent la liberté et la responsabilité individuelle face à l’Etat, les valeurs libérales de la société et l’économie de marché. Mais ils fixent des lignes rouges: la protection sociale, l’accès à l’éducation publique, les monopoles en matière d’infrastructures, le partenariat social sont des valeurs intangibles. Ils prévoient un chapitre sur la numérisation de l’économie, l’une des grandes absentes du programme adopté par le PS en décembre. Ils ne parlent en revanche pas de migration, un thème qui est source de divergences au sein de la gauche.

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Un courant alémanique

Le document présenté lundi relève que «l’image du PS dans la population est fortement influencée par le cours franchement gauchisant». Cette critique vient notamment du sentiment de lutte des classes qui a accompagné la genèse du programme du parti. «Cette rhétorique de combat irrite et démotive beaucoup de gens qui seraient prêts à s’engager», déplore le président du PS appenzellois Yves Balmer, l’une des chevilles ouvrières des propositions réformistes.

Cette aile est presque exclusivement alémanique. Seul un Fribourgeois, Pascal Vinard, inconnu sur la scène fédérale, en fait partie. Pascale Bruderer promet de s’étendre de ce côté-ci de la Sarine. Mais, pour l’instant, c’est le maire bilingue de Bienne, Erich Fehr, qui est chargé de porter la parole réformiste en terres francophones. Il reconnaît d’ailleurs une évidente différence de sensibilité: «L’un des problèmes vient du fait que, en français, on ne parle que de socialisme, alors que, en Suisse alémanique, on fait la distinction entre socialisme et social-démocratie. Mais je peux vous assurer que des membres socialistes d’exécutifs romands s’intéressent à notre approche pragmatique», explique-t-il au «Temps», non sans souligner au passage que «Pierre-Yves Maillard a prouvé son sens pragmatique».

Irritation et raillerie

La présentation des propositions de la plateforme réformiste ne manque pas de provoquer des discussions au sein du parti. «Il y aura des divergences, en Suisse romande comme en Suisse alémanique, mais nous espérons que les discussions seront constructives», commente Pascale Bruderer. Mais les réactions sont pour l'instant teintées de perplexité et de raillerie.

Le conseiller national Jacques-André Maire, vice-président du syndicat Travail.Suisse, avait participé au congrès de décembre. Il rappelle que les positions défendues par Pascale Bruderer et Daniel Jositsch n'ont été soutenues que par une petite minorité des congressistes. «Il n'y a pas de lame de fond en faveur de ces idées. L'aile droite du parti veut se démarquer de la ligne dominante, mais il y a pas mal d'effets de manche», commente-t-il.

Et peut-être une arrière-pensée. Pascale Bruderer a insisté sur le fait que la «plateforme réformiste» n'était «pas un manifeste». Voilà qui rappelle le Manifeste du Gurten, élaboré à l'époque par Simonetta Sommaruga et Rudolf Strahm. Ce document avait solidement installé Simonetta Sommaruga sur le flanc droit du PS et avait été bénéfique pour son élection au Conseil fédéral par la suite. Or, la gauche du PS soupçonne l'Argovienne de viser, le moment venu, la succession de la conseillère fédérale bernoise.

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