Le Conseil fédéral souhaite que les réfugiés qui ont fui la guerre du Kosovo quittent la Suisse avant le 31 mai 2000. Afin de tenir ce délai, il a levé mercredi l'admission provisoire accordée ce printemps et a précisé sa stratégie en matière d'aide au retour. Ce coup de pouce financier sera de 2000 francs par adulte et de 1000 francs par enfant pour tous les exilés entrés en Suisse avant le 30 juin et qui retourneront spontanément chez eux avant le 31 décembre. Pour ceux qui s'en iront entre le 1er janvier et le 31 mai 2000, l'aide sera réduite de moitié. Le montant précis n'a pas encore été fixé, car, comme l'a expliqué mercredi la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) Ruth Metzler, il dépendra à la fois des expériences faites et de l'évolution des prix au Kosovo.

Cette stratégie a pour but de convaincre une majorité des 65 000 Kosovars recensés en Suisse de retourner chez eux. Ce chiffre englobe non seulement ceux qui ont fui la guerre ce printemps (ils sont un peu moins de 17 000), mais aussi les 34 000 Albanais qui sont venus chercher asile en Suisse antérieurement, dont la demande est encore pendante et qui ont été mis ce printemps au bénéfice de l'admission provisoire collective. Sont également inclues dans ce chiffre les personnes qui ont déposé un recours auprès de la Commission suisse de recours en matière d'asile (CRA) (2300), celles qui ont reçu une décision négative définitive (6200) ainsi que les réfugiés qui sont entrés en Suisse avec un visa (5700).

20 000 à 30 000 départs volontaires

Pour les œuvres d'entraide, le délai du 31 mai est beaucoup trop court. A l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), Christian Levrat juge peu sérieux d'imaginer que 65 000 réfugiés repartiront dans leur patrie d'ici au printemps 2000. Ruth Metzler ne conteste pas cet argument: «Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que tout le monde s'en aille avant mai prochain. Mais nous devons tout faire pour favoriser le retour du plus grand nombre. Pour décider de rentrer, les réfugiés prendront plusieurs facteurs en compte: la sécurité, le temps, les possibilités de logement, mais aussi notre concept de retour», a-t-elle expliqué.

Délégué spécial pour le Kosovo, Urs Hadorn se hasarde à une estimation: il pense qu'environ 8000 réfugiés pourraient décider de repartir cette année et que ce nombre pourrait atteindre 20 à 30 000 au printemps prochain. Tout dépendra en fait des conditions sur place. Il relève à ce propos les tensions qui se sont fait jour entre la KFOR et l'UÇK, les tentatives de la mafia albanaise de déstabiliser la force de paix de l'ONU, ainsi que les 80 000 logements détruits ou si gravement endommagés qu'ils devront être complètement reconstruits. Il ajoute à cette liste une autre incertitude: le transport. Actuellement, la Suisse n'a que l'avion pour rapatrier les réfugiés. Or, les vols sont largement dépendants des disponibilités horaires aux aéroports de Pristina et de Skopje, tous deux très sollicités par les appareils de l'ONU.

Ces incertitudes sont telles qu'il faut s'attendre à ce qu'une partie importante des réfugiés se trouvera encore en Suisse après l'expiration du délai fixé par le Conseil fédéral. Que se passera-t-il alors? Y aura-t-il des renvois forcés? Ce sera en principe possible. Mais les réfugiés pourront encore partir volontairement après le 1er juin 2000. Ceux qui choisiront cette solution ne toucheront toutefois plus d'aide au retour et devront se contenter d'une aide individuelle ordinaire de 400 à 500 francs. Ruth Metzler imagine qu'il faudra bien deux à trois ans pour que tous les Kosovars soient de retour chez eux.

16 francs par jour

Parallèlement, le Conseil fédéral a fixé au 1er octobre 1999 la date de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'asile adoptée par le peuple en juin et de son ordonnance d'application. Un point principal doit être relevé: contrairement au projet initial, le forfait journalier d'hébergement ne sera pas abaissé de 18 fr. 50 à 14 francs par requérant, mais à 16 francs.