«On a manqué une bonne occasion»

Dominique Bourg et Pierre- Alain Rumley sont persuadés que le modèle de croissance actuel va dans le mur, mais ils étaient opposés à Ecopop. Ces deux sommités sur les questions environnementales (le premier est professeur à l’Université de Lausanne, le second a dirigé l’Office fédéral de l’aménagement du territoire) pensent que l’initiative a manqué une belle occasion d’interpeller les Suisses sur leur mode de vie trop gourmand en énergie, en mobilité et en espaces naturels.

«Les initiatives ne servent pas à créer le débat, analyse Pierre-Alain Rumley. Si l’on veut un débat sur la croissance, il ne faut pas le faire à coups d’initiatives.»

Selon lui, Ecopop a souffert de son obsession de la croissance démographique: «J’ai l’impression qu’à force de se focaliser sur la croissance de la population, on a manqué une bonne occasion de parler de la croissance tout court.» Le texte a aussi échoué parce qu’il est apparu comme une réplique de l’initiative de l’UDC sur l’immigration acceptée le 9 février dernier. «Les gens n’ont pas vu la nécessité de revoter une seconde fois dans un sens encore plus radical», dit-il.

«Problème dramatique»

En 2016, les Suisses seront amenés à se prononcer sur une nouvelle initiative critique envers la croissance, le texte sur «l’économie verte» déposé par les Verts. Il demande que l’empreinte écologique de la Suisse soit réduite drastiquement d’ici à 2050, de manière à ne pas dépasser «un équivalent planète».

Ses chances de succès sont à peu près nulles, admet Pierre-Alain Rumley. Parce que les Suisses et leurs dirigeants politiques restent «formatés à penser en termes de croissance quantitative». Et qu’il leur est impossible d’imaginer ce qui se passera «si huit milliards d’habitants sur cette terre veulent avoir les mêmes comportements que nous», en termes de consommation, de transport ou de logement.

Dominique Bourg est encore plus pessimiste. L’échec d’Ecopop montre à son avis qu’il faut «faire très attention quand on pose ces questions d’écologie». L’amalgame avec l’UDC a été fatal au texte et c’est bien ainsi, commente-t-il. Mais c’est surtout l’absence de prise de conscience de la gravité des enjeux qui le préoccupe.

«Le problème est dramatique. On modifie les conditions d’habitabilité de la Terre. Il ne faudrait pas qu’on dise que les Suisses s’en fichent parce qu’ils ont dit non à Ecopop.»

L’universitaire déplore que les gouvernements, en Suisse et ailleurs, restent passifs alors que les signaux d’alarme se multiplient. «On est au tout début du réchauffement climatique. Ce qui me fait vraiment peur, c’est que face à cela, les gouvernements restent cantonnés dans des euphémismes. Ils n’osent pas dire qu’il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre, ils préfèrent parler d’atténuation.»