Bâle-Campagne

Refus de serrer la main d'une prof à Therwil: le signe d’une dérive?

L’un des deux garçons musulmans dispensés de poignée de main partage des vidéos de l’Etat islamique sur son profil Facebook

Deux garçons musulmans vivant en Suisse depuis plusieurs années refusent soudain de serrer la main de leur enseignante. Est-ce le signe d’une interprétation stricte de leur religion, une simple provocation d’adolescent, ou un symptôme de radicalisation?

Cette question s’est posée à la direction de l’école secondaire de Therwil. L’établissement bâlois a accordé une exception à deux jeunes élèves de 14 et 15 ans qui ne veulent plus toucher la main de leur professeure – un salut usuel dans cet établissement – au nom leurs convictions religieuses.

Contacté lundi, le recteur, Jürg Lauener affirmait qu’il avait estimé «très faible» la probabilité que les deux jeunes ne soient concernés par une dérive fanatique. Cette question revient toutefois sur le devant de la scène. Sur son profil Facebook, l’un des deux garçons montre des affinités avec l’univers guerrier de l’Etat islamique.

«Pas de fondamentalistes dans notre mosquée»

Leur père, un Syrien qui travaille dans une entreprise de transport, officie en tant qu’imam les vendredis au centre islamique du roi Fayçal de Bâle. Avant de s’installer en Suisse il y a quatorze ans, il aurait œuvré dans des mosquées aux Emirats Arabes Unis.

D’après l’administrateur du centre Fayçal, Nabil Arab, ce n’est toutefois pas le prédicateur qui aurait dicté à ses enfants le comportement à adopter à l’égard de leur enseignante. «Cet homme n’a rien d’un radical. Ce n’est pas chez nous qu’on enseigne un islam fondamentaliste. Ces jeunes font leurs propres choix», dit-il.

D’où tirent-ils alors leur enseignement religieux? Sur son profil Facebook, l’un des deux Bâlois a publié une vidéo du prédicateur islamiste Pierre Vogel. Star dans les milieux salafistes allemands, il avait été invité en Suisse par le Conseil central islamique de Nicolas Blancho, en 2009. Interpellé à la frontière, il s’était vu notifier une interdiction d’entrée sur le territoire.

A côté des discours de Pierre Vogel et d’images de mangas, le garçon partage aussi des vidéos montrant des soldats rampant dans une rivière ou pointant un kalaschnikov sur le visage d’un ennemi. Pas de violence explicite. Mais un drapeau noir, identique à ceux brandis par le groupe Etat islamique. Simple attirance adolescente pour l’univers martial, ou premier signe d’une dérive? Seule une enquête approfondie permettrait de le dire.

Le responsable de la fondation Fayçal, Nabil Arab, lui, n’a pas cherché à le savoir. Il temporise: «Partager ces vidéos ne signifie rien». Pour Hafid Ouardiri, en revanche, «c’est très grave». «Un jeune qui diffuse ce type d’imagerie doit susciter notre plus grande vigilance». Le Genevois a fondé le centre Fayçal dans les années 1980.

Atterré, Hafid Ouardiri a convoqué une réunion du conseil de fondation de la mosquée pour discuter de cette affaire. «Nous devons prendre ce cas très au sérieux. Que ces jeunes réclament le droit de ne pas serrer la main de leur enseignante au nom de l’islam est inadmissible. En leur accordant une dispense pour avoir la paix, l’école encourage un comportement qui nuit aux musulmans. Notre religion prône avant tout le respect».

Selon le Genevois, il y a bel et bien un problème avec les sermons délivrés au sein de la mosquée bâloise, comme dans d’autres lieux de culte islamique en Suisse: «La majorité des musulmans estiment que les prédicateurs sont en décalage avec leur réalité. Nous devons faire ne sorte que les imams transmettent les valeurs de citoyenneté et de civisme».

Dès lors, pour Hafid Ouardiri, il est urgent de «mettre en place un discours pédagogique qui empêche ce type de comportements». C’est à ses yeux le rôle de tous: mosquées, parents et en premier lieu de l’école.

Avant d’octroyer une dispense au nom du respect de la liberté religieuse, l’établissement de Therwil a-t-il cherché à connaître les motivations de leurs élèves? Nous n’avons pas pu leur poser la question. Hier, un message vocal indiquait que le secrétariat ne répond plus aux appels «pour cause de maladie».

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