Religion

Refus de serrer la main: «On ne peut faire une règle d'une source obscure de la Toile»

Les deux élèves bâlois qui refusent de serrer la main de leur enseignante ont tiré ce précepte d'un prêche sur internet. Réaction du président de l'Union vaudoise des associations musulmanes, Pascal Gemperli.

C’est en regardant un prêche sur internet que les deux écoliers musulmans de Therwil (BS) de 14 et 16 ans ont refusé de serrer la main à leur professeure. On l’apprend dans une interview parue dans la SonntagsZeitung et le Matin dimanche. Ils justifient leur choix par leur culture puis se lamentent sur la discrimination dont ils feraient l’objet depuis.

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L’affaire en effet a secoué l’opinion publique, relayée dans les médias jusqu’à l’étranger. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a même pris position, déclarant que «la poignée de main fait partie de notre culture» et que la dispense accordée par l’école au nom de la liberté de croyance n’était pas de bon aloi.

Une histoire dont Pascal Gemperli, président de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), se serait bien passé. Ce qui ne l’empêche pas de réagir: «Internet n’est pas une bonne référence. On ne peut faire une règle d’une source obscure de la Toile. Il faudrait au contraire entamer un dialogue avec ces jeunes, les aider à trouver des références dans le pays qui est le leur, la Suisse.» Il met en garde aussi contre «ces pseudo experts de l’islam qui sont suivis sur internet juste parce qu’ils ont un peu de charisme».

La poignée de main fait débat

Pour ce responsable musulman, la question de la poignée de main ne faisait pas débat avant ce fâcheux incident. «Lors d’une réunion de l’UVAM ce matin, une communauté nous racontait que dans son pays, on fait le baise-main aux enseignantes! C’est dire si la question, pour elle, ne s’est jamais posée.» Sauf que maintenant, elle s’est bel et bien invitée au débat. Et que le Conseil central islamique suisse (CCIS) de Nicolas Blancho a cru bon de venir en aide aux deux jeunes radicaux, en émettant rien de moins qu’une fatwa – un avis juridique donné par un spécialiste de la loi islamique. Ses conclusions: une «interdiction claire» de la poignée de main entre les sexes, une position éclairée par des savants d’obédience sunnite, a précisé le CCIS.

«Pédagogie et dialogue»

«D’une question qui n’était pas à l’ordre du jour, voici qu’elle est maintenant reprise par une instance qui va encourager d’autres personnes à suivre sa ligne dure, regrette Pascal Gemperli. Il aurait mieux valu réfléchir avant à une meilleure manière de répondre à ces jeunes, par la pédagogie et le dialogue.» Devant le tollé qu’a suscité la dispense prononcée à l’endroit des deux élèves, le canton veut éclaircir la situation par un avis de droit: «Que va-t-il arriver si cet avis de droit est rendu en faveur des deux élèves?», s’interroge Pascal Gemperli. Qui s’étonne tout de même que cette affaire soit devenue une crise étatique: «L’Etat de droit n’est pas en danger parce que deux enfants de Bâle campagne se sont montrés récalcitrants à l’endroit d’un de nos principes. C’est de l’hystérie.»

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