L'âpre combat des enseignants jurassiens contre l'augmentation d'une leçon de leur pensum hebdomadaire (de 28 à 29 leçons) a porté ses fruits: mercredi soir, après un débat fleuve, passionné et houleux, une majorité du parlement a rejeté la mesure décrétée par le gouvernement. Une autre majorité a par contre imposé le régime minceur à l'administration cantonale, où 50 des 800 postes devront être supprimés dans les quatre ans. Le plan d'économies générera aussi la réduction de subventions à diverses institutions sociales.

La composition de la majorité qui a balayé le plan d'économies prévues sur le dos des profs interpelle: parmi les 29 députés se trouve logiquement la gauche, opposée à toute mesure affectant la fonction publique. Mais aussi les 15 enseignants députés (sur un total de

60 parlementaires) de tous bords (UDC, radicaux, PCSI et PDC), ainsi qu'une majorité d'élus radicaux. Le ministre des Finances, Gérald Schaller, initiateur du programme d'économies, n'a pu compter que sur son groupe PDC, ainsi que quelques rares radicaux et chrétiens-sociaux. Insuffisant.

Ainsi, le déficit du budget 2004 du canton du Jura est aggravé de près d'un million de francs. Virulent à la tribune, dérapant même lorsqu'il a remis en cause la compatibilité d'être enseignant et député, Gérald Schaller risque de ne pas accepter sans autre l'impunité financière des enseignants: il aura entendu les députés socialistes et les élus enseignants appelant à une reprise des négociations entre le gouvernement et les syndicats, pour trouver une mesure consensuelle permettant de réduire quelque peu la masse salariale des profs.

Péjoré par le rejet d'une des mesures d'économies, le budget 2004 subit en contrepartie la nette amélioration de 8,3 millions (le déficit passe en fin de compte de 19,5 à 12,2 millions), en raison du report à 2005 de la réduction de la charge fiscale jurassienne.

En matinée, par 42 voix contre 3 et l'abstention des socialistes, le parlement a opéré un net coup de bistouri dans les impôts cantonaux et communaux. La diminution de l'impôt constitue la première mesure du programme d'attractivité «Jura, Pays ouvert».

Dans un premier temps, le gouvernement proposait une baisse linéaire de 5%, puis douze fois 1% de 2009 à 2020. Si la seconde partie de la mesure a été entérinée, la part initiale du projet a dû être aménagée pour satisfaire les revendications sociales voulues par la gauche et les chrétiens-sociaux. Le Jura fait passer le palier franc d'impôt pour un couple marié de 8300 à 10 300 francs, puis décale vers le haut l'actuelle courbe fiscale très sociale. Il accroît de 500 francs la déduction pour enfant à 4500 francs, réduit de 20% l'impôt sur la fortune, diminue de 5% l'impôt sur le bénéfice des entreprises et compresse, de 50 à 70%, l'impôt prélevé lorsqu'un rentier retire son capital de prévoyance professionnelle (2e et 3e piliers).

«Le pari de l'attractivité»

Sans s'opposer au principe de la baisse fiscale, la gauche a essayé sans succès d'en réduire l'ampleur, en s'opposant à la baisse de l'impôt sur la fortune et sur le bénéfice des personnes morales. «La solution doit avoir un effet significatif sur notre indice de charge fiscale», a plaidé le ministre des Finances, Gérald Schaller. En passant de 133,9 à 115 environ, le Jura effectuera un bond au classement des cantons, se faufilant devant Bâle-Ville, Neuchâtel, Vaud ou le Valais. «Réduire les impôts, c'est jouer le pari de l'attractivité», a prôné le député PDC Vincent Gigandet. Répondant au scepticisme socialiste, le radical Serge Vifian a corroboré: «Nous préférons le risque de l'action.» Bon an mal an, l'impôt cantonal et communal jurassien produit 400 millions de francs. Les diminutions votées par le parlement généreront en 2005 un manque à gagner de 11 millions pour l'Etat et près de 12 millions pour les communes. A l'instar de «Jura, Pays ouvert», la réduction fiscale sera soumise au peuple, en principe le 16 mai. Lier les deux projets constitue une stratégie fine: la baisse fiscale doit inciter l'électorat à soutenir «Pays ouvert».