Ce n'était pas encore l'heure pour une première femme au Conseil d'Etat valaisan. La candidate dissidente Cilette Cretton (25 543 voix), ancienne présidente du Parti radical valaisan, n'aura pas réussi à créer la surprise. Dans le deuxième tour de l'élection au gouvernement, elle a dû s'incliner face aux deux hommes en lice, le socialiste Thomas Burgener (38 960 voix) et le radical Claude Roch (30 921).

Pour le premier, ce nouveau week-end électoral a tourné au plébiscite. Dans le Haut-Valais, il a fait un résultat «ethnique», comme on dit aujourd'hui en Valais, avec 88,9% des voix. Il a complété sa mise dans le Valais romand avec des résultats positifs surprenants, notamment à Sion où il arrive en tête. Très satisfait, il pouvait dire: «Cela renforce ma position. Ce résultat, qui confirme la volonté de l'électorat de maintenir deux sièges dans le Haut-Valais, est significatif pour la cohésion cantonale.» Il obtient même la majorité absolue avec 50,7% des voix.

Le second vainqueur de cette élection ne cachait pas son émotion après une campagne qui s'est avérée plus difficile que prévue. Claude Roch a vu le plus important report des votes du premier tour sur sa candidature. De toute évidence, l'électorat démocrate-chrétien, qui avait placé ses trois candidats le 4 mars dernier, s'est davantage prononcé en sa faveur qu'en celle de Cilette Cretton, notamment dans le Valais central, dans le district d'Hérens et à Sion.

En général, le réflexe régionaliste de l'électorat a supplanté toute autre considération idéologique dans le choix des candidats. L'appartenance aux extrêmes géographiques du canton, soit le Haut-Valais et le Chablais, a favorisé le vote de proximité et accentué les différences. Les mots d'ordre partisans, avoués ou non, ont fait le reste dans le centre du canton.

La perdante faisait contre mauvaise fortune bon cœur. «Lorsque l'on n'a pas de parti pour nous soutenir, la démarche est extrêmement difficile. Les femmes démocrates-chrétiennes m'ont certes soutenue en partie, mais cela n'a pas suffi. Cela dit, j'en appelle aux partis politiques pour ne pas affaiblir le formidable élan qui s'est manifesté autour de ma candidature.» Cilette Cretton a sans doute perdu le dernier combat de sa carrière politique, tout en espérant avoir posé un jalon de plus dans l'accession des femmes au pouvoir en Valais.

S'il y en a un qui avait le triomphe nuancé hier à Sion, c'était le président du Parti radical ad interim, Léonard Bender: «La concordance a gagné, il y a eu un sursaut républicain au sein du Parti radical. Mais le très bon résultat de Cilette Cretton montre que lors d'une prochaine échéance, nous défendrons la candidature d'une femme dans le cadre de cette même concordance.» Après une campagne délicate qui a menacé la cohésion du parti, le triomphalisme n'était pas de mise: «Il y a quatre ans, le couple Pascal Couchepin-Peter Bodenmann montait sur les tables, cette année nous restons sereins.»

Du côté des perdantes, représentées par le groupement cantonal Solidarité-Femmes, la défaite était un peu amère: «Nous nous sommes heurtées à des intérêts financiers puissants, note la présidente Denyse Betchov, ainsi qu'à l'appareil des partis politiques et à un matraquage publicitaire.»

De part et d'autre, les discussions glissaient déjà sur un remaniement des départements au sein du Conseil d'Etat. Il semble bien que Jean-René Fournier, le mieux élu au premier tour, veuille prendre l'Economie. D'autres discussions font état d'un transfert de l'Energie au département de Jean-Jacques Rey-Bellet. Avec son résultat du deuxième tour, Thomas Burgener ne semblait pourtant pas vouloir lâcher un domaine dans lequel il s'est passablement engagé ces derniers temps. Il reste aussi à déterminer quelle sera l'affectation du nouveau venu Claude Roch. Avec ses compétences, les radicaux le verraient bien aux Finances. Le département de l'éducation pourrait alors revenir en mains démocrates-chrétiennes. Le nouveau gouvernement a jusqu'au 1er mai pour trouver une formule collégiale.