Conseil fédéral

Regula Rytz attaque Ignazio Cassis

Un mois après le succès retentissant de son parti aux élections fédérales, la présidente des Verts, Regula Rytz, lance sa candidature pour le Conseil fédéral. Mais aucun siège n’est libre

Malgré son échec dimanche dernier dans la course au Conseil des Etats, la présidente des Verts suisses, Regula Rytz, 57 ans, vise ouvertement le siège d’Ignazio Cassis. «Les élections fédérales du 20 octobre ont déclenché une double vague, verte mais aussi violette», a-t-elle résumé jeudi en annonçant sa candidature pour le Conseil fédéral. En d’autres termes: elle estime que le PLR est surreprésenté au gouvernement, mais que ce n’est pas Karin Keller-Sutter qui doit en faire les frais. Elle dit comprendre que le choix de sa cible, le seul italophone du gouvernement, «ne suscite guère d’enthousiasme au Tessin».

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Mais les faits sont là, assure-t-elle. Il faut une «nouvelle formule magique qui reflète l’équilibre de la concordance, avec deux sièges pour l’UDC, deux pour le PS, un pour le PLR, un pour le PDC et un pour les Verts». Elle répète ce qu’elle dit depuis le 20 octobre: «Les Verts jouent désormais dans la même ligue que les partis gouvernementaux PLR et PDC.»

Huit ans d’expérience exécutive

La Bernoise, qui se prévaut d’avoir siégé pendant huit ans à l’exécutif de la ville de Berne, n’hésite pas à citer l’UDC en exemple: «Dans le système suisse de concordance, tous les grands partis qui comptent sont impliqués, même s’ils défendent des positions divergentes sur certaines questions centrales.» Elle rappelle que l’UDC a revendiqué une meilleure représentation au gouvernement après ses victoires de 1999 puis de 2003. Mais justement: l’UDC a dû patienter jusqu’en 2003 pour doubler sa part du gâteau gouvernemental.

Pourquoi les Verts, qui ont reculé en 2011 comme en 2015, ne devraient-ils pas faire de même et attendre de confirmer leur progression en 2023? A cette question, Regula Rytz apporte une double réponse. D’une part, «il est urgent d’agir» pour protéger le climat et l’environnement. «Ce travail doit se faire ces quatre prochaines années et il ne peut pas attendre», argumente-t-elle.

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D’autre part, l’essor des Verts aux élections d’octobre est historique: c’est la plus forte progression d’un parti depuis l’introduction du système proportionnel en 1919. Les Verts sont désormais, en parts électorales, la quatrième force politique du pays, devant le PDC et à moins de deux points de pourcentage derrière le PLR, qui, à leurs yeux, n’a plus le droit d’avoir deux conseillers fédéraux.

«Nous ne voulons pas d’une écologie punitive»

«Avec les Vert’libéraux, les forces écologiques représentent 21% des voix, neuf de plus qu’avant», reprend-elle. Mais n’est-ce pas un peu artificiel de procéder à un tel décompte quand on sait les divergences qui opposent les deux formations sur d’autres thèmes, comme la politique des retraites ou les finances? «L’écologie est aujourd’hui la préoccupation principale. La forte vague du 20 octobre le démontre: la population veut qu’on accorde à la politique écologique une place plus importante», répond-elle.

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Qu’en dit-on chez les Vert’libéraux? «On ne peut pas juste additionner l’écologie. Nous, nous ne voulons pas une écologie punitive, mais une écologie qui donne envie. Les Verts se trompent en nous mettant tous dans le même panier», réagit la conseillère nationale vaudoise Isabelle Chevalley.

Regula Rytz reconnaît que la revendication des Verts, qui sera sans doute confirmée ce vendredi par leur groupe parlementaire, sera difficile à concrétiser. «La situation est un peu spéciale: aucun siège n’est libre», concède-t-elle. Elle le regrette et critique une fois encore la décision prise par Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard de quitter le gouvernement il y a un an. Si leurs sièges étaient vacants maintenant, la position des Verts serait facilitée, estime-t-elle.

Aucun intérêt manifesté par le PLR

Elle a mené des discussions avec les dirigeants des autres partis pour jauger ses chances d’adapter la formule magique. «J’ai espéré que la direction du PLR entrerait en matière pour discuter de la manière de mieux refléter au gouvernement la volonté exprimée par le peuple. Mais le PLR n’a manifesté aucun intérêt pour cela. Je le regrette», déclare-t-elle. Pensait-elle sincèrement que le PLR allait offrir l’un de ses deux sièges à son parti? Elle botte en touche: «Le PLR doit admettre qu’il s’est passé quelque chose d’historique le 20 octobre», répond-elle laconiquement.

Regula Rytz attend maintenant d’être invitée à des auditions par les autres partis. Mais les appuis qu’elle peut espérer glaner à droite paraissent très mesurés. «Je ne la soutiens pas. Je ne peux pas parler pour l’ensemble de mon parti, mais je n’ai pas l’impression qu’elle puisse obtenir l’appui de la majorité des Vert’libéraux. Elle s’est toujours profilée très à gauche, dans la branche dure, radicale des Verts. Elle est très étatiste, a combattu la réforme fiscale… Ce sera difficile pour elle d’aller chercher des voix hors de son équipe», commente Isabelle Chevalley.

La Vaudoise se dit «ouverte» à une candidature verte au gouvernement car le parlement lui paraît plus sensible aux solutions environnementales que le gouvernement. Elle estime cependant que le parti aurait des prétendants plus rassembleurs, comme la conseillère d’Etat bernoise Christine Häsler, Bastien Girod ou Bernhard Pulver. Ces deux derniers ne sont toutefois pas candidats, tout comme Antonio Hodgers, qui cède la priorité à Regula Rytz.

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