Elections fédérales

Regula Rytz, la reine des élections en piste pour les Etats

Omniprésente dans les médias, la Bernoise Regula Rytz préfère se concentrer sur sa campagne pour le Conseil des Etats plutôt que de penser au Conseil fédéral. Aux côtés du socialiste Hans Stöckli et face à la droite, ses chances sont intactes

Elle a été la grande star des élections fédérales, Regula Rytz. En tant que présidente des Verts, elle a fêté la percée historique de son parti, qui a décroché 13% des suffrages. Et en tant que féministe de toujours, elle s’est bien sûr réjouie du score des femmes, qui ont glané 83 des 200 sièges du Conseil national. Mais son combat est loin d’être terminé: dans le canton de Berne, elle vise encore un siège au Conseil des Etats après avoir terminé à un inespéré deuxième rang au premier tour, derrière le socialiste Hans Stöckli. Tout cela sans parler de la participation des Verts au Conseil fédéral!

Même si elle a beaucoup dansé au soir du 20 octobre, Regula Rytz ne s’est jamais emballée au point de tomber dans l’euphorie. Il y aurait pourtant de quoi. Pour les médias comme pour une partie de ses troupes, elle serait la figure de proue idéale du parti au Conseil fédéral. Agée de 57 ans, cette institutrice licenciée en histoire met ses valeurs en pratique avec une cohérence rarement prise en défaut: elle se déplace toujours à vélo à Berne, n’ayant pris que six fois l’avion dans sa vie. Elle a derrière elle une carrière sans accroc. Après avoir été chercheuse et syndicaliste, elle a dirigé les Travaux publics de la ville de Berne pendant huit ans. Puis c’est elle qui a remis son parti sur les bons rails après les deux défaites de 2011 et de 2015, réussissant à réconcilier ses deux ailes «fondamentaliste» et pragmatique.

Regula Rytz calme le jeu. «Nous ne déciderons si nous lançons un candidat au Conseil fédéral qu’après les résultats définitifs des élections au Conseil des Etats», dit-elle. Indépendamment de la décision à court terme, le groupe des Verts appelle à une actualisation de la composition du gouvernement. «Il nous faut une formule magique plus ouverte aux changements voulus par le peuple», insiste-t-elle. Le Conseil fédéral comprendrait ainsi deux UDC, deux PS, de même qu’un représentant du PLR, des Verts et du PDC. La majorité passerait ainsi du centre droit au centre gauche.

Le congrès des Verts, le 2 novembre 2019: Le long chemin des Verts vers le Conseil fédéral

«Une réforme sociale et pour l’économie»

Après les innombrables sollicitations des médias, Regula Rytz est partie se ressourcer quelques jours au Tessin, dont elle adore la «nature sauvage». Même loin de ses racines bernoises, elle ne passe plus inaperçue. Les gens l’abordent et lui demandent comment faire pour éviter un réchauffement climatique de plus de 1,5°C, selon les engagements pris par la Suisse dans le cadre du suivi de la Conférence de Paris.

«Nous devons adopter des mesures rapides et cohérentes, y compris pour la place financière, souligne-t-elle. La réforme doit rester sociale tout en constituant une chance pour notre économie.» C’est dire qu’il faut afficher les buts bien à l’avance, comme l’interdiction de mettre sur le marché toute nouvelle voiture à moteur à combustion à l’horizon 2030. De même, les Verts veulent promouvoir une réforme de l’agriculture avec les paysans, et non contre eux. «Il faut renforcer l’agriculture biologique, même si ses produits coûtent un peu plus cher.» Quant aux pesticides, il faut tout simplement retirer du marché les plus dangereux d’entre eux aussi vite que possible.

Autant de déclarations d’intention louables, mais qui seront difficiles à faire passer d’abord au parlement, puis devant le peuple, qui devra trancher en cas de référendum. Déjà au soir du 20 octobre, les Verts ont donc proposé un sommet sur le climat aux autres partis. Y participeraient des scientifiques chargés de convaincre tout le monde de l’urgence climatique. Puis viendra le temps des mesures d’encouragement. «Lors de la crise financière de 2008, les Verts ont proposé un programme d’investissements pour la transformation du système énergétique. C’est toujours d’actualité», rappelle Regula Rytz. Ce programme portait sur plusieurs milliards, mais ce n’est pas l’argent qui manque, estiment les Verts: la Confédération réalise presque chaque année un excédent de 2 à 3 milliards de francs.

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Une culture politique plus constructive

Pour y parvenir, Regula Rytz compte sur un parlement non seulement plus vert, mais aussi plus féminin. «40% de femmes au Conseil national, cela va changer beaucoup de choses, à commencer par une culture du débat plus respectueuse et constructive que par le passé», espère-t-elle. C’est la méthode Rytz, disent ceux qui la connaissent bien. «Elle a des convictions profondes et son engagement est proche de la vocation. Mais elle est capable de discuter avec tout le monde», déclare Adèle Thorens, qui a coprésidé le parti des Verts avec elle entre 2011 et 2015. A l’UDC, on se déclare beaucoup plus sceptique. «Regula Rytz est une idéologue aux positions souvent proches de l’extrémisme. Il sera difficile de trouver des compromis si les seules mesures qu’on nous propose sont des taxes qui coûteront cher au citoyen», déclare le Bernois Manfred Bühler.

Dans l’immédiat, Regula Rytz se concentre sur l’élection au Conseil des Etats, dont le second tour aura lieu le 17 novembre dans le canton de Berne. A la surprise générale, ce sont les deux candidats de la coalition rose-verte Hans Stöckli et Regula Rytz qui sont sortis en tête au premier tour. Mais l’UDC Werner Salzmann talonne la Verte de près et conserve toutes ses chances d’être élu, surtout après le désistement de Beatrice Simon (PBD). Cela dit, le tandem que l’UDC eurosceptique forme avec la pro-européenne Christa Markwalder (PLR) n’est pas le plus homogène qui soit: «C’est la pomme et le ver sur le même ticket», ironise le socialiste Hans Stöckli. Regula Rytz croit donc en la victoire de son camp. «Je sens une dynamique de solidarité et de responsabilité dans ce canton», conclut-elle.

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