Berne

«La Reitschule doit se distancier clairement de toute violence»

Après les affrontements du G20, dans lesquels des Suisses sont impliqués, les critiques pleuvent sur les centres alternatifs, celui de Berne en particulier. Questions au maire écologiste Alec von Graffenried, alors qu’une manifestation d’extrême gauche est annoncée samedi dans la ville fédérale

Après les affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre qui se sont déroulés lors du sommet du G20 à Hambourg, la pression augmente sur les centres alternatifs de Suisse. C’est en particulier le cas de la Reitschule de Berne, où l’on vendait des billets pour le train spécial Bâle-Hambourg organisé par le mouvement d’extrême gauche Revolutionärer Aufbau Schweiz (RAS) et qui affichait des slogans pouvant passer pour des appels à la violence. La droite bernoise réclame de sévir contre l’ancien manège, qui défraie la chronique depuis des années. L’écologiste Alec von Graffenried, qui est depuis le 15 janvier dernier le nouveau maire de la ville fédérale, répond aux questions du Temps.

Le Temps: Après les violences survenues en marge du G20, la Reitschule fait à nouveau les gros titres. En particulier en raison des affiches qui invitaient à «faire sauter le sommet». Certains y voient un appel public à la violence. Et vous?

Alec von Graffenried: Je déteste et je condamne les excès de violence comme ceux qui se sont produits à Hambourg. Quant aux peintures sur le toit de la Reitschule dont vous parlez, la Ville les a fait enlever rapidement à chaque fois.

Un dialogue officiel a lieu depuis une bonne année entre la Reitschule et les autorités municipales. Sans grand progrès visiblement…

Je ne partage pas cette appréciation. La médiation entreprise par l’ancien juge fédéral Hans Wiprächtiger se poursuit. La communauté d’intérêt qui gère l’espace culturel de la Reitschule (IKuR) s’est déclarée disposée à un dialogue avec la police cantonale.

La collaboration entre la Reitschule, la Ville et la police doit être plus étroite que jusqu’ici

Hans Wiprächtiger est confiant que ce dialogue portera ses fruits prochainement. Ce qui m’amène à penser que ce processus de médiation se déroule positivement et que nous devrions atteindre nos objectifs de collaboration entre ce centre et la police.

La droite exige que les partis de gauche représentés au parlement communal se distancient clairement des actions de la Reithalle. Qu’en pensez-vous?

Je rejette la violence, qui ne peut être un moyen d’action et qui n’a rien à voir avec les contenus politiques. J’attends donc que la Reitschule ainsi que les acteurs politiques se distancient clairement de toute violence.

Savez-vous si parmi les neuf Suisses arrêtés à Hambourg (dont l’un a été maintenu en détention, ndlr) figurent certains habitués de la Reitschule?

Non, la Ville n’a aucune information sur les personnes en question.

Votre collègue à la municipalité, le PDC Reto Nause, qui dirige le dicastère de la sécurité, réclame une application plus restrictive de la loi sur le renseignement, qui entrera en vigueur cet automne, et davantage de moyens pour surveiller les groupuscules d’extrême gauche comme Revolutionärer Aufbau Schweiz. Partagez-vous son point de vue?

Je suis critique face à la surveillance systématique et préventive. Mais les enquêtes et les poursuites en cas d’actes punissables doivent être sans faille et il faut pour cela que les autorités pénales puissent aussi recourir à des mesures de surveillance par Internet et téléphonie mobile.

Pensez-vous que votre parti, les Verts, soutienne de telles mesures?

Comme je l’ai dit, une surveillance préventive et étendue ne me convainc pas. Cela correspond à la position de mon parti.

Samedi devrait se tenir à Berne une «manifestation de solidarité avec les victimes de la violence politique à Hambourg». Cette manifestation sera-t-elle autorisée, et si oui dans quel cadre?

A l’heure où nous parlons (mercredi après-midi), aucune demande d’autorisation n’est parvenue à la direction de police. Nous avons connaissance de cet appel à manifester, nous suivons la situation attentivement et restons en contact avec la police cantonale.

Quelle importance accordez-vous à la Reitschule pour la Ville de Berne et sa population?

C’est un centre important, qui rassemble chaque week-end des milliers de jeunes et de visiteurs intéressés par la culture. La Reitschule offre en particulier aux jeunes qui n’ont pas le porte-monnaie bien épais un lieu de rencontre sans obligation de consommer. Je pense qu’elle est bien ancrée dans la population: ces dernières années, les citoyens ont à plusieurs reprises voté contre sa fermeture. Mais il y a, en particulier dans l’espace public autour du centre, des problèmes de drogue et de violence que la Ville se doit de résoudre. Pour cela, la collaboration entre la Reitschule, la Ville et la police doit être plus étroite que jusqu’ici.

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