Votations

Rejet populaire massif de la baisse du taux de conversion

La réduction du taux de conversion de la LPP à 6,4% d’ici 2016 a été littéralement balayée dimanche par 72,7% des voix et l’ensemble des cantons. En Suisse romande, le rejet se monte à plus de 80%

La coûteuse campagne orchestrée par les assureurs et l’économie a été vaine: la révision de la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP) a été balayée par 1,645 million de personnes. Seuls 617 299 votants ont suivi les appels du gouvernement et de la droite à l’accepter.

La gauche et les syndicats, qui avaient lancé le référendum avec des magazines de consommateurs et des petits partis de la droite populiste, ont ainsi remporté la bataille haut la main en criant au «vol de rentes».

Jurassiens en tête

Le refus le plus cinglant est issu du Jura, avec 84,9% de «non». L’opposition a dépassé les huit votants sur dix aussi à Neuchâtel, 81,6%, et en Valais, 80,9%. A Genève, la baisse des rentes du deuxième pilier a été rejetée par 79,6% des votants; dans le canton de Vaud par 77,5%; à Fribourg par 77,4% et à Berne par 72,6%.

Les autres cantons alémaniques ne sont pas en reste, avec des taux de refus variant généralement entre 65 et plus de 77%. Au Tessin, l’opposition a atteint 78,6%. Le score le plus faible a été enregistré à Appenzell Rhodes-Intérieures, avec tout de même 57,7% de «non».

Déjà en baisse

La première révision de la LPP, en vigueur depuis 2005, prévoit déjà une réduction progressive du taux de conversion à 6,8%, en 2013 pour les femmes et en 2014 pour les hommes. La réforme refusée dimanche visait à accélérer la baisse de cet indice déterminant la future rente sur la base du capital accumulé au fil des années de travail.

Ce facteur, qui est aujourd’hui de 7% pour les hommes et de 6,95% pour les femmes, aurait été réduit par étapes jusqu’à atteindre 6,4% en 2016.

Avec un taux de conversion de 6,4% et un capital de prévoyance professionnelle de 100 000 francs, une rente annuelle n’aurait représenté que 6400 francs. Actuellement, pour le même avoir du 2e pilier, un homme touche 600 francs de plus, soit 7000 francs par an, tandis qu’une femme perçoit 6950 francs.

Le problème des rentes repoussé

Le refus cinglant de la baisse du taux de conversion LPP déçoit fortement l’Association suisse d’assurances (ASA). Selon son président Erich Walser, le problème n’est de loin pas résolu mais seulement repoussé. Les raisons du «non» marqué sont à chercher du côté de la trop grande technicité de cet objet soumis à votation, a indiqué dimanche à l’ATS M. Walser. Autre explication: les jeunes votants se sont laissés influencer par la campagne sur le pillage des rentes, fortement orientée sur des aspects émotionnels.

Le problème va revenir sur le tapis, a poursuivi le président de l’ASA. Si le monde politique ne parvient pas à instaurer un cadre plus solide, les Helvètes n’échapperont pas à une hausse des cotisations ou de l’âge de la retraite.

«Un carton rouge aux assurances privées»

Pour les Verts, le rejet de la baisse du taux de conversion est un «carton rouge aux lobbyistes des assurances privées et à leurs représentants au Parlement et au Conseil fédéral», a dit leur président Ueli Leuenberger. Selon lui, la solidarité entre générations a joué.

Les arguments en faveur du projet n’étaient pas crédibles, car cette baisse arrivait alors que la précédente n’a pas encore déployé tous ses effets, a relevé M. Leuenberger. «C’est la victoire du bon sens et de la calculette, car les citoyens ont calculé la baisse de leurs rentes», estime le président des Verts.

Le conseiller national genevois exige dès lors davantage de transparence et un organe de surveillance indépendant. Selon lui, si le Conseil fédéral et le Parlement poursuivent dans la même voie, les révisions de l’assurance chômage et de l’AVS seront aussi refusées, car on ne peut pas aller ainsi «contre les intérêts de l’immense majorité de la population».

A la gauche de trouver des solutions

Après le rejet net de la révision de la LPP, le conseiller aux Etats Urs Schwaller appelle la gauche à prendre ses responsabilités. Le démocrate-chrétien met le résultat de la votation sur le compte d’un manque de confiance.

L’espérance de vie augmente. Il revient désormais à la gauche de trouver une solution pour assurer aux caisses de pension des rendements suffisants, a indiqué dimanche le Fribourgeois à la télévision alémanique. «Nous serons très vite rattrapés par la réalité».

Il ne restera plus qu’au Parlement à se concentrer d’ici 2014 sur la transparence et des règles claires pour les institutions de prévoyance. Mais il ne faut pas oublier que chaque nouvelle réglementation a un prix, a souligné M. Schwaller.

Le cinglant rejet de la baisse accélérée du taux de conversion met le doigt sur un manque de confiance profond des Helvètes dans les caisses de pension. La crise financière ainsi que le débat autour des bonus ont également pesé dans la balance, selon le parlementaire.

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