De leur propre aveu, leurs chances d’être élus au Conseil d’Etat, le 5 avril, sont à peu près nulles. Malgré cela, Fabien Fivaz et Robby Tschopp sont bien décidés à ne pas faire de la figuration dans la campagne qui s’ouvre. Dynamiques et bardés de diplômes, ils se profilent comme les figures porteuses de demain. Une bonne nouvelle pour les Verts neuchâtelois qui, depuis dix ans, existent surtout grâce à Fernand Cuche, fragilisé depuis qu’il siège au gouvernement.

«J’ai beaucoup insisté pour ne pas être seul sur la liste, souligne l’ancien syndicaliste paysan, 62 ans. Si je suis élu, ce sera mon dernier mandat. Il est important de préparer la relève.»

Fabien Fivaz (31 ans) et Robby Tschop­p (43 ans) ont des profils complémentaires. Le premier est Chaux-de-Fonnier, biologiste, diplômé en statistique et travaille dans deux fondations actives dans la protection des espèces animales en Suisse. Il se définit comme «un Vert pastèque, bien à gauche».

Bullois d’origine, le second est installé au Val-de-Ruz depuis deux ans après plusieurs années passées en Suisse alémanique. Ingénieur EPFL, détenteur d’un MBA en économie, il est directeur d’Actares (Actionnariat pour une économie durable). «Pragmatique», il se sent proche du conseiller d’Etat vaudois François Marthaler.

Un handicap commun

Les deux hommes partagent aussi les handicaps: ils n’ont aucune expérience politique à l’échelon cantonal et leur réseau reste limité. Fabien Fivaz siège depuis 2004 au Conseil général (parlement) de La Chaux-de-Fonds et copréside la section des Montagnes du parti.

Robby Tschopp a, quant à lui, «un vécu politique quasi nul», avec pour seul mandat la présidence des Verts du Val-de-Ruz.

Ce manque de bouteille se ressent. Mardi à Neuchâtel, lors du lancement officiel de la campagne du parti, leurs visages tendus contrastaient avec l’aisance de Fernand Cuche, rompu à faire face aux journalistes et photographes.

«Dans une campagne, le plus important, c’est ce qu’on y apprend, souligne Fabien Fivaz. En politique, on n’y arrive pas comme ça. Il y a beaucoup de choses à découvrir, à intégrer. C’est très enrichissant.»

Ces prochaines semaines, les deux candidats – ils se présentent aussi au Grand Conseil – bénéficieront d’un apprentissage accéléré. Ils participeront à plusieurs débats sur les radios et télévisions représentées dans le canton. Leur position ne sera pas toujours confortable.

Le frein, «un mal nécessaire»

En plus de faire des propositions dans leurs domaines de prédilection (environnement, énergie, économie durable), ils devront défendre le bilan de la majorité rose-verte. Bilan fortement critiqué ces dernières semaines par le POP et Solidarités, alliés des Verts au Grand Conseil.

Solidaires de Fernand Cuche, les deux hommes jettent un regard plutôt positif sur la législature qui se termine et les réformes engagées par la majorité de gauche. Ils ne remettent pas en cause l’utilité du frein à l’endettement, souvent attaqué par leurs partenaires de gauche. «C’est un mal nécessaire qu’il faudrait pouvoir assouplir en période de crise», estime Fabien Fivaz. «Comme économiste, je ne suis pas partisan des budgets trop rouges, continue Robby Tschopp. On ne peut pas creuser le trou ad aeternam. Ce n’est pas raisonnable. Cela dit, ces quatre années d’austérité n’ont été agréables pour personne. C’est le rôle du POP et de Solidarités de capitaliser sur cette frustration.»

Fabien Fivaz et Robby Tschopp espèrent que la majorité actuelle sera maintenue pour qu’elle puisse lancer, au-delà de la restructuration de l’appareil d’Etat, de véritables «projets de gauche».

Une ambition encore renforcée par la crise économique qui touche le canton de plein fouet avec un taux de chômage qui est passé de 3,9% à 4,6% en à peine deux mois. Les Verts soutiennent le plan de relance du Conseil d’Etat. Ils militent pour une nouvelle politique d’investissement afin «d’améliorer l’efficacité énergétique» et «reconvertir la production d’énergie vers les sources renouvelables». Avec un objectif ambitieux: permettre, à terme, à Neuchâtel d’être autonome sur le plan énergétique.

Les excès du néolibéralisme

Le maintien d’un filet social fort constitue une autre priorité des deux candidats écologistes. Fabien Fivaz a développé sa sensibilité au problème l’an dernier lors d’un séjour de six mois aux Etats-Unis. «Des ghettos noirs de Detroit aux alignées de caravanes des banlieues appauvries de la classe moyenne, j’ai été directement confronté aux excès du néolibéralisme. Je suis plus que jamais convaincu de la nécessité de pouvoir compter sur un Etat fort.»

Dernière similitude, évidente celle-ci: Fabien Fivaz et Robby Tschop­p ne sont pas des femmes. Du coup, les Verts sont les seuls à gauche à présenter une liste à 100% masculine dans la course au Conseil d’Etat. «Si une candidate s’était annoncée, nous lui aurions laissé la place avec plaisir», jurent-ils en chœur. Le parti promet de faire mieux dans quatre ans. Fernand Cuche parti, la conseillère nationale Francine John-Calame acceptera peut-être de se lancer.