Enseignement

Religion à l’école: Genève réaffirme les règles

Une brochure rappelant les principes de laïcité dans le cadre scolaire sera distribuée à tous les collaborateurs cette rentrée

Que faire si un élève demande une dispense de gymnastique, refuse d’assister à un cours d’éducation sexuelle ou d’écouter une leçon d’histoire sur l’islam? Pour répondre aux questions des enseignants et rappeler le cadre en matière de laïcité, l’Instruction publique genevoise publie une brochure qui sera distribuée aux quelque 9400 collaborateurs du Département cette rentrée.

Signes religieux ostensibles, enseignement du fait religieux, dispenses ou encore égalité homme femme: le document passe en revue les règles en vigueur à l’école, tout en réaffirmant l’importance du dialogue. Lui qui, comme l’a rappelé la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta, «permet dans l’immense majorité des cas de résoudre des situations délicates».

La laïcité signifie la neutralité religieuse de l’Etat, mais pas la négation du fait religieux

Dans un contexte où la question religieuse polarise et où «l’émotion l’emporte souvent sur la raison», Genève a pris les devants. «Nous tenions à clarifier les principes de laïcité inscrits dans la loi afin de lever d’éventuelles hésitations et de conforter les collaborateurs dans leurs décisions», précise Anne Emery-Torracinta. En mai 2015, le projet de faire chanter l’Arche de Noé de Benjamin Britten à des écoliers avait suscité la polémique avant d’être interdit.

Au printemps dernier, à Bâle-Campagne, «l’affaire de la poignée de main» avait elle aussi déclenché un vif débat. Face aux deux adolescents musulmans qui refusaient de serrer la main de leur professeur, la commune de Therwil avait d’abord octroyé une dispense, avant d’être désavouée par le canton. Ce dernier avait alors annulé la dérogation et décrété la salutation obligatoire.

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«La laïcité signifie la neutralité religieuse de l’Etat, mais pas la négation du fait religieux», rappelle, en préambule, le document illustré par le dessinateur Zep et disponible en version électronique sur internet. Au sein des établissements genevois, les signes religieux visibles – tels que le voile, la kippa ou la croix – sont tolérés chez les élèves, mais pas chez les enseignants qui se doivent d’observer une neutralité en tant que représentants de l’autorité. Ces signes ne doivent en revanche pas présenter un danger pour l’élève: on pense par exemple à un foulard ou à un pendentif en cours de gymnastique. Dans tous les cas, le visage doit rester découvert.

Dispenses interdites

Aucune dispense pour motifs religieux n’est en revanche acceptée, même pour la pratique d’un jeûne. «Tous les cours doivent être suivis, insiste la cheffe du DIP. Cela inclut les voyages d’étude et toute autre activité qui entrerait dans le programme scolaire.» Alors que le burkini enflamme le débat en France, ce maillot de bain intégral est-il autorisé en cours de natation? «Oui, pour autant que le règlement de la piscine municipale le permette. Pour les élèves utilisant une infrastructure du DIP, je n’y vois pas d’inconvénients.» Les congés pour des fêtes religieuses peuvent, enfin, être accordés, s’ils sont limités dans le temps et situés hors des périodes d’examen.

Hormis ces principes fondamentaux, la brochure aborde également des situations moins fréquentes. On apprend notamment que les intervenants extérieurs doivent faire l’objet d’une demande à la direction. Une règle qui fait référence à la venue d’Hani Ramadan, exclu de l’école publique, dans une classe de secondaire en juin dernier. L’épisode avait valu un rappel à l’ordre à l’enseignante. Autre sujet évoqué: la possibilité pour les mamans voilées d’accompagner des sorties scolaires, le port des signes religieux étant autorisés chez les parents.

«Comprendre l’origine du blocage»

«Ce faisceau de règles n’empêche pas le dialogue pour comprendre l’origine du blocage, précise la conseillère d’Etat. Le but de l’école est d’éduquer et non d’exclure.» Au-delà des discussions avec les parents, le professeur peut également solliciter un médiateur. Lorsque cela ne suffit pas, des sanctions sont prévues - de la retenue au renvoi ou à l’exclusion définitive – comme pour tout autre acte de désobéissance. S’il s’avère que les parents sont responsables, des amendes peuvent être infligées, comme dans le cas des absences non justifiées. «Un ultimatum auquel le Département n’a jamais eu recours», ajoute Anne Emery-Torracinta.

Laïque, l’école genevoise comprend toutefois l’enseignement du fait religieux. Cette matière est intégrée dès l’école primaire où les fêtes telles que Noël sont l’occasion d’aborder le sujet. Au Cycle d’orientation, les textes fondateurs des religions monothéistes sont étudiés dans le cadre du cours d’histoire. Une évaluation de ces supports est en cours dans le cadre du nouveau Plan d’étude romand et devrait aboutir à l’automne.


Le Valais songe à interdire le voile en classe

Dans les cantons romands, les signes religieux dans le cadre scolaire sont tolérés chez les élèves, mais proscrits chez les enseignants et les collaborateurs. Peut-être plus pour longtemps, en Valais, où une initiative cantonale veut bannir le voile des salles de classe. Emanant des rangs de l’UDC, le texte a abouti en mars dernier.

Oskar Freysinger, conseiller d’Etat UDC chargé du Département de la formation et de la sécurité, y est favorable. A ses yeux, le foulard nie le statut de la femme et est incompatible avec une vision démocratique de la société.

Dans un Etat de droit, la règle doit être la même pour tous

«Les cours de natation sont en principe obligatoires, mais impossible de lutter contre les dispenses médicales», déplore encore Oskar Freysinger qui dénonce une «loi d’exception. Or, dans un Etat de droit, la règle doit être la même pour tous.» Lorsqu’on évoque le burkini, le conseiller d’Etat est catégorique: «Pas question de tolérer l’intolérable». En Valais, les crucifix ornent encore les murs des classes, «au bon vouloir des établissements».

Neuchâtel bon élève

Ailleurs en Suisse romande, le rapport à la religion varie selon les cantons. Contrairement au Valais catholique, les cantons de Vaud et Neuchâtel, à l’instar de Genève, sont laïcs. En matière d’information proactive, Neuchâtel fait figure de précurseur. Depuis 2005, le canton a élaboré un dossier à l’intention des directions d’établissements scolaires pour leur permettre de gérer les différentes demandes.

«Cela va du port du foulard en classe, à l’écolier qui refuse de manger du porc en camp de ski, à celui qui demande une dispense de gymnastique lors du Ramadan ou encore à la fillette dont les parents refusent qu’elle suive un cours d’histoire dans lequel on évoque l’islam», détaille Jean-Claude Marguet, chef du service de l’enseignement obligatoire.

«Au cas par cas»

Dans le canton de Vaud, aucune mesure similaire n’a vu le jour. «Les situations se règlent au cas par cas par les directions d’établissements, précise Michael Fiaux, délégué à la communication au Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Nous n’avons pas eu besoin de fournir d’informations de manière proactive jusqu’ici, les bases légales et réglementaires étant suffisamment précises.»

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