EHM. Trois lettres et un nom «un peu sec, pas très poétique», estime Monika Dusong, ministre neuchâteloise de la Santé. Pourtant, il faudra s'y faire: si le projet de loi sur l'Etablissement hospitalier multisite est accepté par le Grand Conseil, ce mardi, l'appellation s'imposera peu à peu de Couvet à Neuchâtel en passant par La Chaux-de-Fonds. Les hôpitaux neuchâtelois ne feront plus qu'un, réunis au sein d'une structure de droit public dépendant directement du canton (LT du 27.09.2004).

L'EHM devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2006. Sa colonne vertébrale sera constituée par le Nouvel Hôpital Pourtalès à Neuchâtel et l'Hôpital de La Chaux-de-Fonds. Objectif: améliorer la gestion des coûts pour faire face au changement du mode de financement des hôpitaux et aux incertitudes relatives à la révision de la LAMal.

Un aboutissement

L'acceptation du projet de loi sans amendement en dénaturant les principes constituerait un aboutissement pour Monika Dusong. La ministre socialiste – qui prendra sa retraite l'an prochain – a en effet continuellement dû marcher sur des œufs en matière de politique hospitalière. Les difficultés ont commencé en 1999 avec le lancement de la nouvelle planification sanitaire, qui visait à mettre les hôpitaux périphériques en réseau autour de trois centres principaux (Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et Couvet, dans le Val-de-Travers). Les représentants des hôpitaux de Landeyeux, de la Béroche et du Locle avaient déposé deux initiatives pour s'opposer «au démantèlement du réseau hospitalier». Selon eux, la nouvelle planification favorisait les hôpitaux onéreux des villes au détriment d'hôpitaux de campagne généralistes, «moins coûteux, plus conviviaux et plus proches de la population».

Les deux initiatives ont échoué. La première a été jugée irrecevable en septembre 1999. La seconde a été retirée en octobre 2000. Pour Monika Dusong, ce fut une victoire majeure: soumise au peuple, le projet de planification se serait en effet trouvé en grand danger. «Deux éléments ont permis d'arriver à cet heureux dénouement, analyse Jean-Paul Jeanneret, chef du Service de la santé publique. Tout d'abord, tous les acteurs du secteur de la santé ont été invités à discuter autour d'une table. La réforme prévoyait en outre de s'appuyer sur les institutions en place. Une décision qui s'est avérée profitable…»

Dès l'origine, la planification sanitaire a octroyé un vrai rôle aux hôpitaux régionaux. «Il n'y aura pas d'hôpitaux de brousse», a constamment rappelé Monika Dusong. Tous ont reçu un cahier des charges spécifique, les rendant complémentaires des centres principaux. En contrepartie, ils ont dû consentir à quelques sacrifices. La maternité du Locle a été fermée en juin 1999; celle de la Béroche en février 2000. Idem, peu après, pour les blocs chirurgicaux. L'hôpital de Landeyeux, dans le Val-de-Ruz, perdra quant à lui son bloc chirurgical et sa maternité à la mise en service du Nouvel Hôpital Pourtalès, en mai 2005.

Profitant de cette dynamique de mise en réseau, l'EHM n'a pas suscité de levée de boucliers lors de la consultation durant l'été 2003. «On s'est vite rendu compte que les statuts juridiques différents des hôpitaux constituaient un cul-de-sac, indique Jean-Paul Jeanneret. L'EHM constituait la suite logique du processus de planification.»

Accepté par le Grand Conseil, le projet d'EHM devra encore s'inscrire dans la réalité du terrain. Après la mise en place des départements transversaux, Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds devront ainsi se répartir les sous-spécialités. «Les médecins aiment leur pré carré. Cela n'ira pas sans heurts», prévient Jean Walder, député libéral et médecin-chef de l'hôpital de Couvet.