«Nous avons besoin de fonds propres, nous sommes devant le fait accompli.» Philippe Magistretti le reconnaît: les remontées mécaniques de Crans-Montana (CMA), qu’il préside, vont mal. La société se retrouve en situation de perte de capital, puisque ses fonds propres – les ressources dont dispose l’entreprise – couvrent moins de la moitié de son capital et de ses réserves obligatoires. Le conseil d’administration n’a d’autre choix que de lancer un programme d’assainissement pour assurer la pérennité de l’entreprise. Son plan: dévaluer l’action, et donc les pertes, et apporter du cash en augmentant le capital.

L’action élaborée pour sortir de cette situation difficile se fera en deux étapes. Dans un premier temps, le capital sera réduit, par une diminution de la valeur nominale de l’action, qui passera de 40 à 10 centimes. Simultanément, une augmentation de capital de 50 millions sera réalisée. Ces opérations seront présentées lors d’une assemblée générale extraordinaire début décembre, mais elles seront assurément validées.

Radovan Vitek, qui détient, au travers de son groupe CPI, 85% du capital-actions de CMA, soutient ces mesures qui doivent permettre d’absorber les pertes actuelles et celles envisagées pour les trois ou quatre prochaines années. De janvier à septembre, la société a perdu plus de 2 millions de francs. Le milliardaire tchèque s’est par ailleurs engagé à participer à hauteur de 30 millions de francs à l’augmentation de capital.

La bourgeoisie de Chermignon a refusé d’entériner un accord que nous avions passé. Cette décision empêche l’entrée d’argent frais

Philippe Magistretti

Philippe Magistretti voit dans ce plan d’assainissement un moyen d’apaiser les esprits dans la station du Haut-Plateau. La crise avait atteint son paroxysme en avril dernier, avec une fermeture du domaine skiable en pleines vacances de Pâques. En cause: un différend financier entre la commune de Crans-Montana et l’homme fort de CMA, Radovan Vitek.

La tuile de Mérignou

La situation financière de la société n’est pas une surprise. L’organe de révision attirait déjà l’attention sur le problème lors de l’assemblée générale de juin dernier. Deux mesures prévues devaient toutefois permettre de renverser la vapeur. Mais tout ne s’est pas passé comme espéré. «Les économies escomptées n’ont pas été réalisées dans les temps», souligne Philippe Magistretti.

Mais pour le président de CMA, la «plus grosse tuile» est à chercher ailleurs. La société tablait sur la vente du droit de superficie distinct et permanent – un bail de 99 ans – de Mérignou, au départ de la télécabine de Cry d’Er, pour 7 millions de francs à CM Hôtels, propriété de Radovan Vitek, qui désire construire un établissement de grand standing directement au pied des pistes.

«La bourgeoisie de Chermignon a refusé, au mois de septembre, d’entériner un accord que nous avions passé, peste Philippe Magistretti. Cette décision, qui empêche l’entrée d’argent frais, nous oblige à réaliser ce programme d’assainissement.»

Président de la bourgeoisie de Chermignon, Tony Lagger n’est pas très loquace. Il précise qu’il est trop tôt pour évoquer le sujet, car des nouvelles négociations sont en cours.

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La main au porte-monnaie

Cette situation démontre que la sérénité n’est toujours pas revenue dans la station du Haut-Plateau. Philippe Magistretti est convaincu que ce n’est qu’une question de temps et que le programme d’assainissement sera l’élément essentiel de ce retour au calme. «Cette mesure permet aux actionnaires principaux de retrouver l’harmonie et la sérénité souhaitées, si tous décident de produire les efforts nécessaires.» En d’autres termes, si les communes de Crans-Montana, Icogne et Lens mettent la main au porte-monnaie lors de la recapitalisation.

Le plan d’assainissement est aujourd’hui sur la table des différents conseils communaux qui devront se positionner sur une éventuelle participation financière. Président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud ne fait pas de commentaire. A Lens, la décision n’a pas encore été prise, mais son président David Bagnoud affirme déjà que sa commune ne participera pas à l’augmentation de capital, pour l’instant. «Avec tout ce qu’il s’est passé, notamment la fermeture du domaine skiable et les nombreux échos négatifs autour de CMA, je ne serais pas à l’aise de me présenter, à l’heure actuelle, devant les citoyens avec une telle proposition», avoue-t-il.

Surévaluation à corriger

Si la situation semble tout de même s’être apaisée, qu’aujourd’hui la menace n’est plus identique à celle du mois d’avril et que les différentes parties semblent être sur la même longueur d’onde sur bon nombre de sujets, il reste tout de même un gros grain de sable dans l’engrenage: la surévaluation de CMA Immobilier, la société qui gère les parkings et les restaurants de la station, lors de son rachat par CMA en décembre 2016. CMA a déboursé quelque 35 millions de francs pour acquérir la totalité des actions de CMA Immobilier. Quelques mois plus tard, elle a cependant réévalué le montant de la transaction, en l’abaissant de 35 à 7 millions de francs seulement. Une dévaluation de 28 millions qui participe aussi à la situation dans laquelle se retrouve CMA aujourd’hui.

Les communes du Haut-Plateau ont commandé à ce sujet deux rapports, l’un à une étude d’avocats et l’autre à une fiduciaire, toutes deux genevoises, comme le révélait le magazine Bilan fin septembre. Elles devront désormais statuer sur ces deux rapports.

S’il espère que l’issue de cette affaire ne sera pas judiciaire, David Bagnoud ne peut pas encore écarter cette solution. «Les exécutifs trancheront», dit-il. Une chose est sûre, les communes ne se satisferont pas de la situation actuelle. «Cette surévaluation doit être corrigée», insiste David Bagnoud. Le président de Lens souhaite un abandon de créances de la part de CPI, l’une des sociétés de Radovan Vitek, pour remettre les compteurs à zéro et repartir du bon pied.