Applaudissements timides. «Soulagé», Jean-Marie Fournier triomphe. Ce vendredi, les actionnaires de Télénendaz ont accepté de fusionner avec les remontées mécaniques de Veysonnaz, par 76,6% des voix. Détenant lui-même plus de 60% des actions représentées lors de l’assemblée, le promoteur juge le score «excellent». Les deux sociétés qu’il contrôlait deviennent une seule entité, malgré de vives oppositions.

Cette fusion sert à bâtir une forteresse pour lutter contre les Quatre Vallées

Président du conseil d’administration de Télénendaz, Philippe Lathion a dû affronter les doutes de nombreux petits actionnaires. Peu après le vote, il a choisi de remettre son mandat. Il ne se reconnaît plus dans cette gouvernance, qui «a perdu tout sens critique». Il lance à l’assemblée: «Cette fusion n’était pas mon projet. Elle sert à bâtir une forteresse pour lutter contre les Quatre Vallées».

Depuis longtemps, Jean-Marie Fournier et la société Téléverbier se disputent le contrôle du plus grand domaine du pays, qui génère près de deux millions de journées de ski chaque année. Téléverbier tient les deux extrémités des Quatre Vallées, pendant que Jean-Marie Fournier tient le centre, Veysonnaz et Nendaz. Par le passé, plusieurs bras de fer ont miné les accords fragiles qui définissent leur collaboration. Jean-Marie Fournier promet désormais l’apaisement. Selon lui, «la société issue de la fusion aura plus de cartouches pour négocier avec Verbier».

Propriétaire historique de la majorité des actions de Téléveysonnaz, le promoteur a mis la main sur Télénendaz en 2008, en rachetant des actions que Téléverbier convoitait aussi. Depuis lors, il planifie la fusion des deux sociétés. Actionnaire de Télénendaz à hauteur d’un peu plus de 13%, Téléverbier a choisi de s’opposer à cette union, parce que «seule une fusion des quatre sociétés peut maintenir le domaine des Quatre Vallées parmi les destinations les plus fréquentées d’Europe». Cette prise de position a encouragé la fronde de nombreux petits actionnaires, eux aussi contrariés par une fusion qu’ils jugent «inéquitable».

Les actionnaires minoritaires contesteront la fusion devant la justice

Durant les mois qui ont précédé la fusion, Jean-Marie Fournier a réalisé plusieurs opérations entre deux sociétés dont il avait le contrôle. Son entreprise, VIP, a vendu 300 places de parc à Téléveysonnaz pour trois millions de francs. A l’inverse, cette dernière lui a cédé trois restaurants pour une somme identique. Autrement dit, la société issue de la fusion héritera de parkings qui sont gratuits pour les usagers. Par contre, le promoteur conserve les restaurants et leurs recettes.

Porte-parole d’une vingtaine de petits actionnaires et ancien administrateur de Télénendaz, Pierre Délèze accuse Jean-Marie Fournier d’appauvrir la nouvelle société, et de tirer des avantages particuliers du processus de fusion. Depuis plusieurs semaines, il exige sans succès d’avoir accès au rapport d’évaluation et aux comptes de pertes et profits de Téléveysonnaz, estimant que le dossier est «trop lacunaire pour pouvoir se prononcer en connaissance de cause». Pour lui, le promoteur force une fusion qui s’opère à l’avantage de Téléveysonnaz, «surestimée», au détriment de Télénendaz, «sous-estimée».

Les soupçons de surévaluation de Téléveysonnaz SA et de sous-évaluation de Télénendaz SA paraissent vraisemblables

Dans le courant de la semaine, Pierre Délèze et deux autres actionnaires avaient saisi la justice, demandant des mesures super-provisionnelles qui auraient reporté le vote de ce vendredi. Le juge a refusé, considérant qu’il serait toujours possible de contester la fusion ou d’agir sur le fond après le vote. Mais il a relevé dans ses considérants que «les soupçons de surévaluation de Téléveysonnaz SA et de sous-évaluation de Télénendaz SA paraissent vraisemblables».

Désormais, les petits actionnaires ont soixante jours pour déposer une action en annulabilité. Considérant qu’il n’a pas obtenu de réponses à ses questions lors de l’assemblée de ce vendredi, Pierre Délèze entend bien saisir cette opportunité. Jean-Marie Fournier, lui, n’est pas inquiet: «Il s’attaque aux grandes fiduciaires qui ont établi le rapport de fusion».