Rien ne le démonte, Georges Godel! Depuis le début de la campagne électorale fribourgeoise, le candidat PDC au sourire imperturbable se veut au-dessus de la mêlée, alors que radicaux et socialistes - qui se disputent un siège gouvernemental - s'écharpent avec une rare ardeur.

Déceptions

Le successeur désigné du ministre sortant Michel Pittet aurait pourtant de quoi s'inquiéter. Une nouvelle affaire agite son parti. Jean-Pierre Siggen, son ancien colistier évincé au soir du premier tour, ne montre guère d'empressement à le soutenir pour le second acte. L'homme a en effet refusé de figurer sur un prospectus appelant à voter pour Georges Godel. Fruit d'un travail conjoint des sections PDC de la Sarine-Campagne et de la Ville de Fribourg, ce tract est destiné principalement aux ménages de l'agglomération fribourgeoise.

Pour les démocrates-chrétiens, cette histoire est embarrassante. Jean-Pierre Siggen n'est autre que le président de la section du chef-lieu cantonal. Or la clé de l'élection du paysan Godel, véritable archétype du monde rural, réside dans le Grand Fribourg. Si l'électorat citadin d'obédience PDC le soutient, il sera élu sans problème le 26 novembre. Dans le cas contraire, le député d'Ecublens, dans la Glâne, pourrait rencontrer des difficultés.

«Je suis surpris par la décision de Jean-Pierre Siggen. Durant la campagne, nos contacts ont toujours été excellents. Et, après sa défaite, je n'ai pas senti chez lui la moindre amertume. Les données de départ étaient claires: le quatrième PDC devait se retirer après le premier tour», relève Georges Godel.

Apparemment marqué par son échec, Jean-Pierre Siggen a également démissionné, la semaine dernière, de la vice-présidence du Parti cantonal. Officiellement, il veut recentrer son allant sur ses activités de directeur de l'Union patronale du canton et de député au Grand Conseil - où il vient d'être élu.

«Je regrette ce départ, mais je le comprends. Il commençait à cumuler trop de mandats, ça devenait pénible pour lui. Il est bien sûr un peu déçu, mais ça va passer. Je suis sûr qu'il retrouvera son souffle», commente Emanuel Waeber, président du PDC fribourgeois.

A en croire le Singinois, le coup de sang de l'ex-candidat ne trouble en rien la quiétude démocrate-chrétienne. Son champion Georges Godel va accéder au pinacle dans cinq jours, c'est pour lui une certitude.

Trop de paysans?

En tel cas, il sera revenu de nulle part. Ce printemps, le Glânois avait annoncé sa candidature après des mois d'atermoiements démocrates-chrétiens. En vertu d'un tournus qui fleure bon l'anachronisme, c'était en effet au tour de la section gruérienne de présenter un papable dans le sud du canton. Elle fera finalement chou blanc, tenant en haleine le landerneau politique fribourgeois via un drôle de spectacle qui se mua en véritable guerre des clans à l'échelle locale. Le PDC n'en sortit pas grandi.

Candidat par défaut, Georges Godel, le campagnard, doit donc convaincre la ville, qui ne l'a que mollement appuyé lors du premier tour. Il y a déjà un paysan au gouvernement (ndlr: l'indépendant Pascal Corminboeuf), ça suffit, entend-on dans les rues de la capitale. Un leitmotiv qui se fait d'autant plus insistant que Pierre-André Page, le prétendant de l'UDC, est également agriculteur...

Il en faut toutefois davantage pour émouvoir l'actuel vice-président des producteurs suisses de lait: «On parle de surreprésentation paysanne, mais les juristes, vous les avez comptés? Entre les élus au premier tour et les candidats restants, ils sont encore plus nombreux», lance-t-il.

En aparté, nombreux sont ceux qui émettent également des doutes sur les qualités intrinsèques de Georges Godel. Il aurait le format du magistrat à l'ancienne, mais manquerait de la vision et du savoir-faire nécessaires pour répondre aux défis du Fribourg d'aujourd'hui. La critique, une fois encore, ne le désarme pas: «Au contraire, dans mon parcours professionnel, j'ai toujours été visionnaire. Je me suis battu en précurseur pour la suppression des contingents laitiers, par exemple. De toute façon, comme conseiller d'Etat, il importe surtout de savoir s'entourer de gens compétents.» L'argument sera-t-il porteur? Réponse ce dimanche.