Est-ce un souvenir des mois agités de 1999-2000, lorsque Patrick Aebischer allait prendre la tête d’une EPFL où des professeurs le contestaient? Parlant de la succession, le Conseil des EPF indique qu’il attachera «une importance particulière à ce que l’Assemblée d’école soit notamment associée de manière appropriée». Les professeurs sont rassurés: leur instance de participation, qui inclut les autres collaborateurs et les étudiants, sera entendue. A Zurich, lors d’une telle procédure il y a quelques années, les frictions avaient été nombreuses.

Patrick Aebischer quittera la présidence de l’EPFL en décembre 2016. Le Conseil fédéral l’a annoncé mercredi. Le président de l’EPFL restera dix mois après la fin de son mandat, pour laisser un peu de temps au Conseil des écoles. Car il n’est pas simple de nommer un président d’école polytechnique. Surtout pour succéder à Patrick Aebischer, plus ancien directeur d’université suisse en fonction. Près de dix-sept années à transformer son école, l’ouvrir aux sciences de la vie, instaurer des facultés, multiplier – non sans polémiques – les partenariats avec l’industrie, bâtir un campus avec un prestigieux Learning Center, logements et centre de congrès, implanter des antennes dans les cantons romands, passer de 6000 étudiants en 2003 à près de 10 000 aujourd’hui, gérer un budget de près de 900 millions de francs, contre moins de 500 millions à son arrivée…

Depuis plusieurs mois, Patrick Aebischer met en avant le fait qu’il lui tient à cœur de former la relève. C’est sa tâche, dit-il; ensuite, le Conseil des écoles et, in fine, le gouvernement choisiront. L’actuel président aime citer ses «doyennes et doyens». Manière discrète de lancer l’hypothèse d’une femme. A l’EPFL, il y en a deux à la tête de facultés. Marilyne Andersen, formée à l’EPFL puis passée notamment au MIT, dirige l’architecture et l’environnement construit, tandis que les sciences de la vie sont pilotées par Gisou van der Goot, encore auréolée du Prix Marcel Benoist, le «Nobel suisse», reçu en 2009.

Pure spéculation à ce stade, l’option d’une femme venant de la maison pourrait séduire le Conseil des EPF, qui va passer ces prochains mois à tenter d’éviter toute tension. Dans les pronostics qui ne vont pas manquer d’agiter l’institution, le nom de Philippe Gillet apparaîtra aussi. Le vice-président a tenu la maison pendant le congé sabbatique de Patrick Aebischer, durant six mois dès la rentrée 2013. Puis il y aura les postulations externes, de Suisse et certainement de l’étranger. L’Ecole a gagné en visibilité mondiale, cela se ressentira certainement dans les candidatures.

Au jeu des pronostics, la piste intérieure peut vite gagner des points, malgré de régulières rumeurs faisant état de papables venus d’ailleurs. Après tout, Patrick Aebischer lui-même était un externe, issu de l’université, et, en sus, de la recherche en médecine, une matière qui n’était alors pas présente à l’EPFL. Cette fois, si les compétences requises sont disponibles, le Conseil pourrait penser faire un mouvement subtil en prenant dans le vivier existant.

Même si le Conseil des EPF a son indépendance, le dilemme sera grand. Désormais, les EPF relèvent du département de Johann Schneider-Ammann. Le ministre de l’Economie, qui a souvent exprimé des doutes sur l’augmentation du nombre d’étudiants au tertiaire, voudra-t-il donner une tendance, rapprocher encore le «Poly» des industries et PME régionales, voire nationales? Pour l’heure, le Conseil des EPF ne donne aucune indication d’échéancier, il note juste qu’il présentera sa proposition au gouvernement «en temps utile». Ce qui s’appelle se garder une latitude.

Le Conseil des EPF veut que l’Assemblée d’école soit «associée de manière appropriée»