«Pour ce qui est de ma modeste charge de maire confiée pour la durée d’une année, vous pouvez compter sur moi pour continuer à l’assumer au mieux.» Rémy Pagani, silencieux depuis le désaveu judiciaire et l’annulation de la votation sur les coupes budgétaires en raison d’une brochure électorale trop partiale, n’a rien perdu de sa combativité. Face au Conseil municipal, l’élu a certes regretté et s’est excusé de «toute erreur ou maladresse» qui ait pu priver le souverain de cet arbitrage. «A aucun moment je n’ai eu l’intention de tricher ou d’induire en erreur le corps électoral», s’est-il défendu.

L’ambiance était moins électrique que prévu à l’ouverture de la séance du Conseil municipal. Ce n’est sans doute que partie remise. Attendu sur une déclaration pourtant déjà éventée lundi par ses collègues de l’exécutif, Rémy Pagani n’a pas surpris. A ceux, moins nombreux, qui ont émis «l’idée incongrue d’une démission de mon mandat de conseiller administratif», l’élu promet de rester fidèle au peuple qui l’a porté à cette place.

«Aucun mensonge»

Sur le fond de l’affaire, Rémy Pagani estime que la Cour constitutionnelle ne dit à aucun moment que le texte querellé contient des mensonges ou des contre-vérités mais que celui-ci donne «l’apparence d’une prise de position des autorités en faveur de l’acceptation des référendums». Soutien que l’élu assume pleinement en rappelant qu’il a lui-même récolté les signatures. «Notre démocratie doit aussi s’exercer avec le cœur», ajoute-t-il.

Comprenant l’émoi du public et des médias, Rémy Pagani souligne encore que cette annulation est une première en Ville de Genève. «Contrairement au canton où le Conseil d’Etat s’est vu recalé déjà deux fois sans pourtant que les thuriféraires parlent de démissions ou encore moins de déshonneur.» A l’avenir, annonce encore le maire, le Conseil administratif formalisera encore plus le processus d’élaboration des brochures pour satisfaire à l’équilibre des arguments.

Polémique en perspective

Le sujet est loin d’être épuisé. Des motions urgentes, qui seront débattues mercredi soir, vont encore souffler sur les braises. La droite élargie annonce vouloir «exiger de Rémy Pagani sa démission immédiate de sa fonction de maire». Plus original, celle-ci demande également que l’élu d’Ensemble à gauche rembourse intégralement les «frais occasionnés par ses actes incongrus», «vu que ce n’est pas au contribuable de payer sa faute politique». Une retenue sur le salaire du magistrat? «A circonstance exceptionnelle, mesure exceptionnelle», explique Simon Brandt, le président du PLR de la Ville.

Celui-ci préconise aussi de mettre tous les membres du Conseil administratif sur le gril de la Commission des finances afin de savoir qui a dit et décidé quoi dans la fabrication de la brochure de vote querellée. «Chacun d’entre eux doit venir s’expliquer sur son rôle dans cette triste affaire qui montre les terribles dysfonctionnements du collège actuel», écrit encore le PLR. Tout cela pour «mettre fin à la crise institutionnelle que traverse actuellement la Ville».

Du côté des Verts, on se refuse à «hurler avec les loups» et à «instrumentaliser les erreurs commises par Rémy Pagani». Le parti relève que le maire n’était pas seul à la manœuvre pour cette rédaction et appelle au calme. C’est plutôt compromis vu la pluie de motions qui s’est abattue sur ce thème. Habituée aux feuilletons politiques à scandale, la Ville est bien partie pour un nouveau psychodrame. Il y a une dizaine d’années, c’étaient les amendes impayées du maire ou encore l’achat trop coûteux d’un immeuble à la rue du Stand. Les vagues provoquées par une brochure mal ficelée restent à mesurer.