GENèVE

Rémy Pagani, poil à gratter de la gauche

Les reproches pleuvent sur le candidat intégré à la liste rose-verte de la Ville.Serein, il défend son bilan et son style, jugé peu collégial

Rémy Pagani, poil à gratter de gauche à droite

Genève Les reproches pleuvent sur le candidat intégré à la liste rose-verte de la Ville

Serein, il défend son bilan et son style, jugé peu collégial

Pour honorer ce rendez-vous, Rémy Pagani a fait tout juste. Convictions fermes sous le sourire charmant, calme souverain quand on lui reproche l’emportement. Il a fait tout juste, jusqu’au moyen de transport: le scooter électrique. Une excellente entrée en matière pour faire pièce aux accusations d’une frange des Verts. Extraits: «J’étais un de ses soutiens, se rappelle François Lefort, député écologiste au Grand Conseil. Mais il m’a déçu lors de son deuxième mandat, en raison de sa faible implication dans la mobilité douce et les rues piétonnes, ainsi que de la surenchère contre notre parti.» Réponse de celui qui brigue un troisième mandat, aux côtés de Sandrine Salerno (PS), Sami Kanaan (PS) et Esther Alder (Verts): «C’est un faux procès. J’ai réalisé davantage de pistes cyclables que mon prédécesseur, je me bats contre les centrales nucléaires du Bugey et de Mühleberg ainsi que pour l’aménagement des places publiques. Il y a plus de gens sur la plaine de Plainpalais qu’il n’y en a jamais eu.»

Il a réponse à tout, le député genevois d’Ensemble à gauche et conseiller administratif sortant, malgré le fait que sa formation a pris une veste le 19 avril dernier, passant de 19 à 11 conseillers municipaux dans le canton. Mais ce qu’il ne pourra pas renier, c’est son étiquette d’importun, reconnue à droite comme à gauche. Rémy Pagani, c’est un peu le caillou dans la chaussure de tous et de chacun. Parti seul au premier tour des élections au Conseil administratif, arrivé huitième, score honorable mais fragile, il a finalement été intégré pour le second tour à la liste rose-verte. Sauvé par un PS qui a préféré, à son corps défendant, intégrer le trublion à son ticket qu’être accusé de laisser un boulevard au PLR Pierre Conne. Pourtant, il est de notoriété publique qu’entre Sandrine Salerno, «une progressiste», et Rémy Pagani, «un conservateur d’extrême gauche», selon les termes d’un élu de droite, c’est la guerre. «Mais pas du tout! s’exclame ce dernier sans se démonter. Je m’entends bien avec elle, malgré nos divergences politiques sur la vente de Naxoo à une multinationale notamment.» Plus prudente, celle-ci n’a pas souhaité s’exprimer. Pour Sami Kanaan, nécessité fait loi: Rémy Pagani devrait lui servir à faire avancer les dossiers du Grand Théâtre et du Musée d’art et d’histoire (MAH).

S’il fallait attribuer au leader d’Ensemble à gauche un satisfecit, ce serait en matière d’aménagement de l’espace public. «Il pilote les projets de rénovation comme le MAH ou la salle de l’Alhambra avec intelligence et savoir-faire», reconnaît Grégoire Carasso, chef de groupe socialiste et conseiller municipal. Ce compliment, bien que partagé, restera orphelin. «Pour le reste, Rémy Pagani a tendance à bloquer les dossiers. C’est dans son ADN, sa culture. Il n’est bien que dans le conflit», affirme Alexandre Wisard, conseiller municipal écologiste. «Il se fait passer pour celui qui finit toujours par trouver une solution, alors que c’est une solution à un problème qu’il a lui-même créé», glisse un élu de droite. Un argument que Rémy Pagani rejette: «Je tiens compte des rapports de force politiques et sociaux et des souhaits de la population. Puis je trouve les compromis qui font avancer les constructions.» Une justification qui ne convainc guère dans son propre parti, même si les commentaires ne sont pas signés: «Nous attendions de lui du logement social et non des millions pour faire joli sur la plaine de Plainpalais! Or il n’a pas construit. On se sent trahi», estime un élu. Pareil reproche sur les surélévations d’immeubles, qu’il prendrait plaisir à sanctionner. «Faux, rétorque-t-il. Depuis le changement de loi il y a six ans, 400 appartements ont été élevés. Si j’en ai bloqué 100, c’est un maximum. Je l’ai fait à Cité-Jonction, car la densité de ce quartier était quasiment celle de Hong­kong! En revanche, on construit 300 logements sur le site d’Artamis, une crèche, une école et des espaces publics de qualité.»

A ce reproche, il faut encore en ajouter un autre: «Il dépasse trop souvent les budgets», note Grégoire Carasso, résumant une opinion partagée. Trois millions de plus que prévu pour dépolluer Artamis, 90 millions de francs pour rénover les Minoteries. Médisance? «Je tiens les budgets, c’est le cas à l’Alhambra, à la patinoire des Vernets. La Ville investit 130 millions de francs par an, on a dépassé le budget certaines années de moins de 3%», répond l’intéressé.

Rémy Pagani défend un bilan auquel il espère pouvoir bientôt attribuer son retour aux affaires. Et tant pis s’il est accusé de confondre le costume de magistrat avec le saint-frusquin du leader syndical. On l’a vu récemment planté devant l’Hôtel des Bergues, encadré de militants déguisés en douaniers pour manifester contre le projet socialiste de péage urbain. «J’ai rompu la collégialité quatre fois en huit ans, dont une à cette occasion, avoue-t-il. Je le fais en toute connaissance de cause sur des choses essentielles et symboliques qui correspondent au programme sur lequel j’ai été élu. Sinon, j’assume d’être le patron.» Voire. Du patron, il possède l’opiniâtreté. Mais quand il bascule dans l’opposition, c’est contestable. Si Rémy Pagani grille la politesse à Pierre Conne le 10 mai prochain, la législature qui s’annonce pourrait être sportive. Car on a vu mieux, pour construire des majorités, que les coups d’éclat en solitaire. Il n’y voit pourtant aucune incohérence: «Ensemble à gauche doit se tenir à contre-courant en défendant les besoins des gens. Réfléchir sur la marchandisation de la société, privilégier l’humain dans le respect de chacun.» S’il est une chose que Rémy Pagani sait faire, c’est défendre ses principes au combat. Dans son bureau de magistrat comme dans les rues de sa cité. En attendant le deuxième tour, il était en Turquie pour commémorer le génocide arménien. Une petite mise en jambes sur les trottoirs d’Istanbul.

«Il a tendance à bloquer les dossiers. C’est dans son ADN, sa culture. Il n’est bien que dans le conflit»

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