Difficile de définir l'état de santé du PDC du Jura, premier parti cantonal, qui compte deux des cinq sièges du gouvernement, grand battu des élections fédérales de 2007, devant céder son siège au Conseil national à l'UDC. Avec cran, le parti a fait son introspection, mis en lumière ses carences et s'est dessiné une nouvelle ligne. Pour espérer la guérison, il doit se trouver une présidence qui incarne le renouveau. Or, la désignation du successeur de Madeleine Amgwerd, initialement prévue le 8 mai, est repoussée au 28 mai.

L'auto-analyse d'abord. Au lendemain du rendez-vous électoral de 2007, le PDC a donné mandat à un groupe de réflexion, composé de personnalités sans mandats électifs ni fonctions dans le parti, d'établir un diagnostic. Présidé par le banquier Jean-Baptiste Beuret, ancien trésorier du canton, ce groupe a brossé le portrait sans concession d'un parti qualifié de «fatigué, sur le déclin, associé aux affaires» qui secouent le canton. «Le PDC Jura souffre d'un déficit d'image, notamment auprès des jeunes, constate le groupe de réflexion. Il ne dispose que de programmes politiques rudimentaires manquant de clarté et de visibilité.» Le document regorge de reproches, sur le fonctionnement du parti aussi: présidence coupée de la base, décisions prises en vase clos, absence de concurrence interne pour les principaux mandats électifs, «le système en place est perçu comme fondé sur l'auto-désignation et le verrouillage».

Sept places à prendre

Le groupe Beuret esquisse les pistes susceptibles de permettre au PDC de rester le premier parti jurassien avec un socle de 30% de l'électorat (en 2007, il a chuté de 39 à 25%). Il doit, pour cela, se positionner clairement au centre de l'échiquier et «ne pas se laisser pousser à droite par effet d'aspiration», dit le rapport. Le Parti libéral-radical étant déliquescent, il y a tentation de séduire des électeurs de droite pour contrer l'UDC. Autre nécessité, «rechercher la synthèse entre les sensibilités du parti», entre l'aile conservatrice d'Ajoie et le centre-gauche delémontain. Le PDC est encore pressé de «ne pas se figer sur l'adversaire socialiste». Au contraire, il doit en faire un «partenaire essentiel dans l'intérêt du canton».

Le PDC serait bien inspiré de «définir une vision pour le canton à moyen et long terme, établir un programme politique orienté sur les besoins de la population, faire preuve d'indépendance face aux corps constitués et sortir de l'actuel suivisme».

Le catalogue table sur une refonte des structures du parti et un renouvellement du personnel. L'actuelle direction l'a compris: la présidente Madeleine Amgwerd a démissionné, imitée par Karine Marti Gigon, Jean-Paul Gschwind et François-Xavier Boillat. Pour leur succéder, le groupe de réflexion demande «d'éviter d'appeler à la rescousse des hommes qui ont marqué le parti dans les années passées». Il prône une équipe présidentielle de sept personnes, appuyée par une commission politique.

Reste à trouver les personnes prêtes à concrétiser le programme du renouveau. Le jeune député Gabriel Willemin devrait être le seul rescapé. Pressenti à la présidence, il préfère conserver son poste de secrétaire général. Qui, alors, pour la fonction présidentielle? Les regards sont tournés vers Jean-Baptiste Beuret, l'homme du rapport introspectif, «qui n'a pas fermé la porte», commente Gabriel Willemin. Il n'est pas le seul à être approché. «On sent une émulation, des gens intéressés dans le parti», affirme Gabriel Willemin, sans donner de noms. Ceux du Delémontain Claude Jeannerat, du Franc-Montagnard Alexi Pelletier, du Bruntrutain Martial Courtet circulent. Tout comme celui de la nouvelle conseillère aux Etats, Anne Seydoux.