Pierre Maudet n’a d’ordre à recevoir de personne. Et surtout pas du PLR suisse. C’est ainsi qu’il faut lire son refus d’obtempérer à la présidente Petra Gössi, qui l’a convoqué hier à Berne pour s’expliquer. Agacé au premier chef d’être ainsi mandé par son parti, et dans des délais très serrés s’agissant d’un conseiller d’Etat, Pierre Maudet a aujourd’hui fait savoir qu’il avait plus urgent à faire mercredi que d’aller présenter ses hommages au parti suisse, quand il sait que celui-ci veut sa tête.

Le mercredi est en effet jour de réunion du Conseil d’Etat genevois, comme dans la plupart des exécutifs cantonaux, ce qui ne devait pas échapper à Petra Gössi. Mais il y a autre chose: sur son échelle des priorités, le parti suisse passe bien après l’assemblée générale extraordinaire dont il attend gros. Rien de moins que le soutien de la base.

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Un agenda lourd pour l'assemblée générale

Sauf que celle-ci, prévue initialement le 6 décembre, a été repoussée à début janvier. Ainsi en a décidé la présidence du PLR genevois, dont cette décision n’est qu’une expression de plus du bras de fer inédit qui le met aux prises avec son ministre. Même si le président du PLR genevois Alexandre de Senarclens motive ainsi cet ajournement: «Nous aurions eu trop de sujets à traiter, et démarrer cette discussion après un agenda lourd n’aurait pas permis de traiter cette affaire sereinement. Nous devons prendre le temps.»

Il est vrai que le menu de l’assemblée est déjà copieux, les délégués devant se prononcer sur l’initiative populaire «Pour le remboursement des soins dentaires», l’initiative populaire «Pour une caisse d’assurance maladie et accidents», la loi sur la laïcité de l’Etat, ainsi que l’initiative fédérale «contre le mitage du territoire».

La stratégie pitbull

Mais ce n’est sans doute pas ce qui a été déterminant dans le report de la discussion sur l’affaire liée au voyage de Pierre Maudet à Abu Dhabi. Divisé, tiraillé entre la méthode forte et l’apaisement, la section genevoise du parti bourgeois a louvoyé ces derniers jours et fini par plier devant la stratégie pitbull du ministre. Pas sûr que la présidence résiste longtemps à cet affrontement délétère.

Si Pierre Maudet, comme il l’a annoncé, joue mercredi la politique de la chaise vide, Alexandre de Senarclens se retrouvera seul devant les instances du parti national. Ce qui n’est guère confortable, même si lui n’a pas été convoqué, mais convié, ce qui fait toute la différence. Que va-t-il bien pouvoir dire? Il faudra qu’il prenne position. Si le comité directeur genevois a décidé, vendredi, l’apaisement, chacun sait que le soutien affiché devient un soutien de façade, destiné à préserver l’unité. Or, le parti est au plus mal.

A la direction du PLR suisse, on fait encore semblant de croire à la venue du ministre à Berne, car si Pierre Maudet persiste dans son refus, Petra Gössi en serait humiliée. «Nous attendons de voir s’il daigne se présenter, ou pas, répond la porte-parole, Karine Barras. En tout cas, nous l’attendons.»

Pris en tenaille

Nul doute cependant qu’une défection serait vécue comme un affront. Quelle serait alors la réponse de la bergère au berger? Une demande de démission paraît l’hypothèse la plus probable. «La direction du parti suisse est extrêmement déterminée à régler cette affaire qui menace de pourrir le climat pour les élections fédérales, avance un conseiller national. Si Pierre Maudet ne vient pas à Berne, il sera sans doute appelé par Petra Gössi à démissionner.» Le conseiller d’Etat ne craint-il pas cette hypothèse? «Comme expliqué à la direction du PLR Suisse, Pierre Maudet a souhaité se présenter devant les membres de son parti avant de se rendre à la présidence du PLR Suisse, par respect pour les membres du PLR genevois», répond son service de communication.

Une injonction qui n’aurait sans doute pas l’effet escompté, le ministre genevois prouvant, jour après jour, sa détermination à s’accrocher. Pierre Maudet n’aurait-il pas eu intérêt à la conciliation en allant s’expliquer?

Deux fronts sont désormais ouverts: entre Pierre Maudet et le parti cantonal d’une part, entre lui et le parti suisse d’autre part. Pris en tenaille, le magistrat continue de manifester sa volonté de se battre, envers et contre tous, y compris les siens.