Si ce n'est pas la police unique, ça lui ressemble. Face à la nécessité incontestée de redéployer les forces de l'ordre sur l'ensemble du territoire, le gouvernement vaudois a choisi la manière centralisatrice. Tel qu'adopté par le Conseil d'Etat, le projet Police 2000 prévoit l'intégration des forces d'intervention dans un seul corps, ce qui suppose la reprise par l'Etat de 250 à 350 policiers municipaux. S'il ne va pas jusqu'à supprimer les 70 corps de police actuels, le gouvernement a décidé de réduire leurs attributions et de les confiner dans des tâches de proximité. Une seule exception, mais de taille: la commune de Lausanne, qui dispose déjà de toutes les compétences de police et qui conservera ses 400 policiers.

Cela fait sept ans que l'on parle de Police 2000. Objectif: mieux faire face aux nouvelles formes de criminalité, comme les cambriolages en bande ou la recrudescence des agressions en zone urbaine, en renforçant les collaborations. A côté de la police cantonale (900 collaborateurs), pas moins de 69 communes entretiennent aujourd'hui leur propre corps, avec des compétences et des effectifs très divers. Un morcellement unique en Suisse, entraînant enchevêtrements, redondances, incohérences et surtout pertes d'efficacité. Considéré comme le «bébé» du commandant de la police cantonale, Pierre Aepli, ce projet a suscité dès le départ les résistances des communes, soucieuses de ne rien perdre de leurs prérogatives. Au point que l'on a pu croire Police 2000 enlisé. Mais le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud, chef du Département de la sécurité et de l'environnement, s'est finalement rallié, ainsi que le gouvernement, à une forme musclée de réorganisation. Le Conseil d'Etat s'écarte en effet de la solution que préconisait le comité de pilotage, composé de délégués de l'Etat et des communes. C'est une intégration des polices au niveau régional que recommandait la «variante Riviera» (voir ci-dessous). L'avoir écartée ne manquera pas de provoquer une levée de boucliers dans les communes concernées.

Disponibilité accrue

Concrètement, les patrouilles d'intervention (Police-Secours) municipales seront supprimées, au profit des unités cantonales. L'unification de la ligne de commandement, relayée par les chefs des quatre régions découpées pour la gendarmerie (Ouest/Bursins, Centre/Blécherette, Est/Rennaz, Nord/Yverdon), doit apporter une meilleure disponibilité des agents sur l'ensemble du territoire, ce qui est un objectif prioritaire. Et que feront les polices municipales, avec les effectifs qui leur restent? Elles se consacreront aux tâches de proximité, à la connaissance de la population, à la recherche de renseignements et autres fonctions d'îlotier, ainsi qu'au stationnement (mais tous les constats d'accident seront pris par la police cantonale). «Ce n'est pas une voie de garage, mais cela suppose un changement de mentalité», souligne Pierre Aepli.

La ville de Lausanne, dont le corps de police représente la moitié de tous les agents municipaux du canton, est épargnée par le projet. «Ce n'était pas une priorité de traiter ce cas, qui ne nous pose pas de problème», poursuit le commandant de la police vaudoise. Mais la situation actuelle, qui voit la ville payer seule sa police, est considérée comme provisoire. La mise en œuvre de Police 2000, dont l'application progressive est prévue dès l'an prochain dans une région pilote à déterminer, posera de toute façon des problèmes de financement. La reprise par le canton des 300 policiers prévus coûtera entre 30 et 50 millions de francs (reprendre ceux de Lausanne coûterait 60 millions de plus). Or la réorganisation policière n'est pas incluse jusqu'à présent dans EtaCom, le vaste chantier de redistribution des tâches entre l'Etat et les communes.

Pourquoi ne pas avoir opté pour la constitution d'un seul corps de police sur tout le canton? «Pour laisser du travail à mon successeur», plaisante Jean-Claude Mermoud, en précisant que la question s'est posée mais qu'il a paru préférable de procéder par pas successifs. Le ministre s'apprête à faire la tournée du canton, pour convaincre. Provisoirement terminé sur le plan technique, le débat ne fait politiquement que commencer.