Renens a sauté à pieds joints dans le XXIe siècle. La municipalité à majorité de gauche – deux popistes (une rareté), deux socialistes et une Verte plus deux libéraux radicaux – a projeté la banlieue ouvrière vers son destin de métropole. Ses 20 000 habitants, dont plus de la moitié sont étrangers, découvrent une vie nouvelle au sein d’une galaxie urbaine en expansion.

Marianne Huguenin est devenue la cheffe de troupe indiscutable de la coalition «progressiste» qui se représente au complet. Sacrée syndique en 2006, elle avait renoncé au Conseil national. Unique élue de la liste du POP, elle avait cédé sa place à l’icône de la gauche de la gauche, Josef Zisyadis, classé deuxième. Les défenseurs de la cause féminine s’en étaient offusqués. Mais, entre Berne et Renens, le médecin a choisi la cité. Et la ville, traditionnellement rouge-rose, le lui rend bien.

Un rien résigné, le centre droit prépare l’après-Marianne Huguenin, plaisante à peine Jean-Marc Dupuis, président du PLR local. Les ambitions sont minimalistes: sauvegarder les deux sièges à l’exécutif en présentant trois candidats. Un transfuge popiste sous l’appellation «Zone libre», deux UDC et un UDF attaquent l’actuelle formule magique et briguent des fauteuils municipaux.

Le parlement communal, lui, est le miroir de l’exécutif. La gauche le contrôle à 65%. Seul Arc-en-Ciel trouble la belle photo de famille. Le regroupement d’indépendants, actifs depuis 25 ans, quitte cependant la scène politique et abandonne ses cinq strapontins à qui saura les prendre. L’UDC, Zone libre et l’UDF tenteront de forcer le quorum de 5% du législatif pour la première fois. Popistes, socialistes et Verts tout autant que le PLR chercheront à consolider leurs positions.

Depuis quelques années, Renens, avec tout l’Ouest lausannois, s’urbanise à grands pas. La périphérie de la capitale vaudoise se métamorphose en une agglomération productive, fourmillant de bureaux et d’emplois du tertiaire. L’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL), aux ordres de Pierre Keller, s’y est aussi installée en 2007. Elle rayonne depuis une ancienne usine de bas liftée de fond en comble pour le bonheur de plasticiens, designers et cinéastes.

L’agglomération, qui va de Lausanne à Morges, s’est déployée d’abord de façon désordonnée. Puis, à partir de 2003, elle épouse les géométries d’un schéma directeur, primé il y a peu par le Prix Wakker. Aujourd’hui, les communes de la région, plutôt ancrées à droite, figurent le poumon occidental du développement démographique et économique du canton bientôt irrigué par un tram. Dès 2017, des rames penduleront entre le Flon lausannois et la gare CFF de Renens.

La majorité actuelle entend poursuivre sur sa lancée: développement durable, intégration et solidarité. Malgré des ressources inférieures à celles d’autres villes, s’enorgueillit Marianne Huguenin, Renens investit une vingtaine de millions par année. La place du Marché complètement révolutionnée, c’est maintenant le tour de la gare, justement. Elle sera redessinée. Une nouvelle architecture la rendra fonctionnelle et conviviale, proclame la syndique. Et, bien entendu, les logements à loyer abordable seront à l’ordre du jour.

Caméras en débat

Le PLR s’écarte de ce programme par le souci de renforcer la sécurité en ville. Le parti bourgeois demande l’interdiction de la mendicité. Il réclame également l’installation de caméras de surveillance dont la gauche aux commandes ne veut pas. La population tranchera cet été dans les urnes. Le centre droit encourage une mobilité douce et performante mais sans bannir les véhicules privés.

L’UDC et Zone libre, de façon différente certes, contestent la vision municipale. La première entend remettre les habitants au centre des préoccupations. Renens ne doit pas copier Lausanne et ses dérives, avertit Stéphane Montabert, président de la section, ni se transformer en simple «nœud sur un réseau de transports publics». Il redoute l’endettement provoqué par des projets disproportionnés.

Zone libre défend des aires vertes face à la densification galopante de la ville, riche en friches industrielles, stigmates d’un passé balayé par les crises. Sans prêcher la décroissance, la formation fondée l’année dernière par des déçus du POP et des Verts surtout, prône un développement mesuré. L’humain doit être son étalon entre les besoins en logements, services et culture.