«J'ai décidé de rentrer. Nous n'étions pas les milliers de boucliers humains que j'espérais. En restant à Bagdad, je n'aurais pas empêché la guerre.» Parti le 17 février pour l'Irak, Mustapha Mezouar, le Neuchâtelois algéro-suisse, devait atterrir à l'aéroport de Genève ce soir en provenance d'Amman, après une escale à Londres.

Constatant l'échec de l'opération pacifiste à laquelle il participait, il a quitté l'Irak mardi pour Damas, accompagné de deux Français. Un moment, il a même cru qu'il n'arriverait pas à partir avant les frappes. «Il n'y avait plus de place dans les bus, et les taxis demandaient 1650 dollars pour se rendre en Syrie, raconte-t-il. Heureusement, nous avons rencontré une Autrichienne qui a accepté de nous emmener à Damas avant de revenir à Bagdad.» Sur la route, alors que George W. Bush avait déjà lancé son ultimatum à Saddam Hussein, il a vu des colonnes de voitures faisant le plein d'essence aux stations-service, et des familles entassées sur des meubles quittant la capitale dans des camions, mais pas de scènes de panique.

Depuis que la guerre a commencé, le Neuchâtelois culpabilise. Il a le sentiment d'avoir lâché les Bagdadis et la dizaine de boucliers humains, des Italiens, Turcs, Américains, Anglais et Français, qui sont restés dans la raffinerie. «Mon départ a été très émouvant, surtout quand j'ai dit au revoir à une Américaine de 62 ans qui est restée là-bas», dit-il. Arrivé à Damas, il a regretté son départ: «Quand je vois les images de CNN tournées à Bagdad, je reconnais les rues où j'étais encore au début de la semaine, raconte-t-il, j'ai le même sentiment d'impuissance que j'avais en Suisse. Mais maintenant il est amplifié, car je me suis attaché à des gens en Irak.» Il affirme d'abord que c'est son amie, Eva, et sa famille qui ont insisté pour qu'il rentre. Puis il reconnaît «que, rationnellement, il n'y avait plus aucun sens que je reste là-bas». Son amie, qui ne veut pas se voir reprocher son retour, lui à d'ailleurs dit qu'il pouvait repartir à Bagdad. Mais elle est tout de même soulagée de le voir revenir en vie: «L'aventure est terminée», conclut-elle. En Irak, parmi la poignée de boucliers humains, il reste encore un Bernois de 57 ans, qui n'a pas voulu rentrer.