A mi-législature, les élections fédérales de 2023 se préparent déjà. Jeudi, le Centre et le PS ont renoué avec une tradition annulée le 6 janvier 2020 pour cause de pandémie: celle que l’ex-PDC nomme l'«Apéritif de l’Epiphanie» et que le PS appelle l'«Apéritif des Rois et des Reines». Les deux partis ont choisi le même endroit pour présenter leurs priorités politiques à la presse parlementaire: le restaurant du Musée alpin de Berne. Au menu: galette des rois avec une fève unique (et une orange) pour le Centre, panettone (qui a remplacé les galettes de naguère, dont chaque part contenait équitablement une figurine) pour le PS. Pourquoi à cet endroit? Parce que, dans le contexte des contraintes sanitaires actuelles, il se prête bien à de telles rencontres. Et parce que les Alpes symbolisent le réchauffement climatique, l’un des enjeux de l’année en cours.

Outre le climat, la réforme des retraites, les coûts de la santé, la lutte contre la pandémie, l’équité sociale occuperont l’agenda politique cette année. On sent déjà que les élections fédérales se rapprochent. Elles auront certes lieu en octobre 2023, mais le moment est propice pour lancer des initiatives populaires, pour lesquelles 100 000 signatures doivent être récoltées en dix-huit mois. Faites le calcul: une initiative mise en route en février ou mars 2022 doit être déposée en août ou en septembre 2023. Juste avant les élections. Le timing est idéal.

L’électorat sera très fortement sollicité

Les idées ne manquent pas. Le Centre a déjà déposé une initiative populaire: elle concerne les coûts de la santé. Elle en prépare deux autres sur la suppression de la pénalisation fiscale des couples et des retraités mariés. Le président du parti, Gerhard Pfister, rappelle que les délégués ont pris une décision de principe à ce sujet en juin dernier.

Coprésident du PS, Cédric Wermuth énumère les nombreuses demandes de consultations populaires que son parti soutient ou prévoit de soutenir. Trois référendums sont en cours: ils concernent la suppression du droit de timbre d’émission (c’est l’un des quatre objets du scrutin du 13 février), la réforme de l’impôt anticipé et AVS 21. Un autre est annoncé à propos de la révision du droit du bail. Le PS se range déjà derrière quatre initiatives populaires et décidera, lors de son congrès du 5 février à Genève, d’en présenter deux autres. L’une portera sur la création d’un fonds climatique alimenté par une somme équivalant à 0,5% ou 1% du produit intérieur brut. Elle fait l’objet de tractations avec les Vert·e·s. L’autre demandera des structures d’accueil extra-familial des enfants à prix abordables, révèle Cédric Wermuth.

Tous ces projets tomberont à point nommé pour soutenir la campagne électorale des deux partis en 2023. Ils s’ajoutent à la quinzaine d’autres initiatives populaires déjà annoncées. Et d’autres suivront. Cela signifie que l’électorat sera très sollicité ces prochaines années. La multiplication des initiatives et des référendums ne risque-t-elle pas de pousser le système démocratique suisse à ses limites? «S’il y en a trop, c’est la faute au parlement de droite. C’est lui qui nous oblige à agir ainsi», répond Cédric Wermuth, qui rappelle que, sous l’égide de son prédécesseur Christian Levrat, le PS est devenu «une machine à utiliser les droits populaires».

«Le nouveau nom du Centre améliore notre visibilité»

Pour le Centre, la présente législature est en outre celle du renouveau. La fusion du PDC et du Parti bourgeois-démocratique (PBD) est devenue effective le 1er janvier 2021. Gerhard Pfister la présente comme un succès. «A ce jour, 23 partis cantonaux ont déjà changé de nom. Le nouveau facilite la visibilité de notre parti et nous permet de motiver plus facilement de nouveaux candidats. La section des Jeunes du Centre a gagné 800 nouveaux membres», relève-t-il. Cela signifie-t-il que le «C» de l’ancien PDC était devenu une sorte de handicap? «Ce n’était pas devenu un handicap, mais nous étions conscients que cela pouvait constituer une barrière pour la présentation de nos idées. Aujourd’hui, lorsque je donne une interview, on ne me demande plus combien de fois je vais à l’église», répond Gerhard Pfister.

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S’il est un sujet autour duquel le Centre et le PS vont se disputer en 2022, c’est la réforme de l’AVS, puis, dans la foulée, du deuxième pilier. Le PS fait du combat contre le relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans un combat fondamental. Le Centre estime que les compensations proposées constituent un bon compromis. La bataille s’annonce âpre. Elle sentira encore plus les élections.