Genève

Rentrée scolaire: Genève fait mieux avec autant

Malgré des conditions budgétaires difficiles et une hausse démographique, 136 postes d’enseignants supplémentaires ont été créés. Grâce à une réallocation des ressources et des efforts d’efficience

L’hiver dernier, les enseignants descendaient dans la rue à Genève pour fustiger les économies prévues, estimant que la rentrée scolaire, dans ces conditions, se ferait au prix de lourds sacrifices. Puis, le Parlement n’ayant pas voté de budget 2016, il avait fallu se calquer sur celui de 2015. Pourtant, la conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta est parvenue à organiser cette rentrée sans toucher aux conditions-cadres. «Dix millions de francs ont été réalloués et des efforts d’efficience consentis», a-t-elle expliqué mardi devant la presse. Ce qui a permis notamment de financer 136 postes supplémentaires dans l’enseignement, pour faire face à l’augmentation du nombre d’élèves (325 de plus au primaire, 144 au cycle d’orientation et 487 au post-obligatoire, pour un total de 73 800 élèves).

Comment le DIP a-t-il réussi un exercice pourtant promis à l’échec par beaucoup de monde? En grattant par-ci, par-là: la formation continue volontaire a par exemple été déplacée hors du temps d’enseignement; en économisant dans certains secteurs; mais c’est surtout le cycle d’orientation (CO) qui s’est serré la ceinture en biffant 28 postes, soit une économie réelle de 4 millions de francs. «Nous avons suivi la recommandation de la Cour des Comptes concernant le nombre d’élèves par classe, explique Anne Emery-Torracinta. Ce qui nous a obligés à déplacer au total 234 élèves.» Une situation qui, pour la conseillère d’Etat, est acceptable dans un canton ville où les temps de trajet sont moindres que dans le canton de Vaud ou en Valais. Toutefois, elle ne compte pas réitérer cet exercice l’an prochain. Et elle prévient déjà: «Nous avons largement ratissé les fonds de tiroir, il n’est désormais plus possible de serrer les coûts. D’autant plus que ce n’est pas la première année qu’on fait des économies. Là, nous sommes aux limites de l’exercice. Sinon, il faudrait toucher aux conditions-cadres.» C’est-à-dire le nombre d’élèves par classe, le nombre d’heures de travail des enseignants – comme il avait été proposé l’an dernier, suscitant la grève – ou les salaires. Lundi prochain, le nombre d’élèves par classe ne sera pas sensiblement plus élevé. Au primaire, la moyenne du nombre d’élèves par classe se monte à 19,9 élèves, en très légère baisse, et au CO en légère hausse, de 13 à 23 élèves selon le regroupement.

En revanche, l’école inclusive, chère au cœur de la ministre socialiste, a pâti de l’absence de budget voté. Même si, grâce à des réallocations de ressources, les postes de soutien ont un peu augmenté. Anne Emery-Torracinta se félicite par contre de la baisse du nombre de décrochages scolaires, depuis 2011. Et de l’effort concernant la valorisation de la formation professionnelle, avec de nouvelles filières plus adaptées au marché de l’emploi, une simplification des démarches pour les entreprises recrutant des apprentis, et une augmentation de ceux-ci à l’Etat. «J’avais des inquiétudes quant au nombre de places d’apprentissage offertes, elles se sont révélées infondées. Car elles ont augmenté dans la santé comme dans le commerce de détail», atteste-t-elle.

Le défi des jeunes migrants

L’an dernier, Genève a connu une explosion du nombre de jeunes migrants. Soit une augmentation depuis 2012 de 17,5% au cycle d’orientation (443 élèves), et de 123,7% au post-obligatoire (926 élèves). En revanche, leur nombre au primaire (440) est moindre qu’il y a quatre ans. «Ces jeunes nous concernent pour longtemps, explique Anne Emery-Torracinta, car nous savons que 85% d’entre eux vont rester en Suisse.» Une partie de ces migrants sont des mineurs non accompagnés (MNA) issus principalement d’Afghanistan et d’Erythrée, et requérants d’asile. Beaucoup d’entre eux sont peu alphabétisés. Un vrai défi pour la Suisse en général et le canton en particulier.

Pour y faire face, Genève a donc ouvert 5 classes d’alphabétisation au cycle, une nouveauté. Au post-obligatoire, le nombre de classes d’accueil a doublé en une année, de 22 à 45, et il offre deux classes d’insertion professionnelle en plus (17). Une équipe de soutien pluridisciplinaire a aussi été créée, avec psychologue, médecin, infirmier.

Un dispositif amené à évoluer si la situation le requiert. Contrairement à l’année dernière, où une vingtaine de jeunes avaient dû attendre la rentrée pour être scolarisés: «Nous voulons désormais éviter ce bricolage avec recours à des associations, dû au fait qu’on nous avait refusé le budget, prévient la cheffe du DIP. On ne peut pas se permettre de laisser des jeunes sans prise en charge à partir du mois de mars, c’est inacceptable.» Anne Emery-Torracinta souhaite aussi élaborer une offre de préapprentissage, afin d’ouvrir la porte du monde professionnel à une jeunesse qui n’en possède pas la clé.

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