Cet article est publié en accès libre vu l’importance de ces informations pour le débat public. Mais le journalisme a un coût, n'hésitez donc pas à nous soutenir en vous abonnant.

C’est la rentrée de toutes les interrogations – et pas des moindres: savoir si un enseignant ou une enseignante sera présent·e devant chaque classe ce lundi, pour commencer. En Suisse alémanique, où nombre de cantons ont déjà repris la semaine dernière, les quarantaines se multiplient chez les élèves comme parmi les instituteurs. Au point d’organiser de plus en plus de remplacements «bricolés», et tant pis si la qualité des cours en pâtit.

«N’importe qui fait des remplacements»

Cela fait à peine cinq jours que les petits germanophones sont de retour derrière leur pupitre. Pourtant Dagmar Rösler semble déjà à bout. La présidente de l’Association faîtière des enseignantes et enseignants suisses soupire. «Cela fait des années que nous rendons les autorités attentives au manque chronique d’enseignants. Avec les quarantaines, cela devient vraiment critique. Beaucoup de remplaçants sont déjà en place. Mais ce sont parfois les remplaçants qui doivent être remplacés.»

Consciente que certaines concessions sont nécessaires au vu de la situation, la Soleuroise n’a pas de solution magique. Elle s’inquiète cependant des idées de plus en plus «créatives» mises en avant par certains cantons pour poursuivre l’enseignement. «A Berne, dit-elle, plus ou moins n’importe qui peut désormais remplacer dans les classes de primaire. Les cours se transforment ainsi en simple encadrement d’enfants, cela n’a plus rien à voir avec de l’éducation. Si cela devait durer, la qualité de la formation est appelée à tomber en chute libre.»

Lire aussi: Christophe Darbellay, vice-président de la CIIP: «Il ne faut pas s’attendre à des tests préventifs de masse»

Les chiffres demeurent encore parcellaires outre-Sarine, toutefois la tendance est claire. A Saint-Gall, une demi-douzaine de profs ont déjà été testés positifs, pour une centaine d’élèves. A Zurich, des centaines d’enfants ont été envoyés en quarantaine et les courbes des graphiques montrent que cela ne risque pas de s’améliorer prochainement, particulièrement chez les 16-19 ans.

A Bâle-Ville, des étudiants sont dans les starting-blocks pour remplacer les enseignants qui ne manqueront pas de tomber malade et, alors que les tests avant d’entrer en classe et le port du masque sont désormais obligatoires dès les premiers niveaux primaires (6 ans), le canton s’inquiète d’un autre problème: la recrudescence de parents réticents aux mesures. Dagmar Rösler fait état de «menaces» envers le corps enseignant. La prise de tête est intégrale.

Partage de gâteau d’anniversaire interdit

«Je suis pour qu’on garde les écoles ouvertes dans la mesure du possible, dit la présidente de l’Association des enseignantes et enseignants suisses. Mais il va peut-être falloir considérer le retour de l’école à la maison. Même de manière temporaire.» Les départements de l’éducation alémanique indiquent de concert «surveiller la situation et être prêts à introduire de nouvelles mesures». Comme partout ailleurs.

En fin de semaine dernière, les cantons romands annonçaient également la couleur. Tests, masques, prévention, distance. Et autres précautions de tout type destinées à sauver ce qui peut l’être. Genève envisage de réutiliser des caméras à distance «si l’absentéisme des élèves devient trop important». Les écoles neuchâteloises – elles ne sont pas les seules – ouvriront les fenêtres «toutes les 20 à 25 minutes». En Valais, les camps sportifs avec nuitées dans le cadre scolaire sont reportés «d’au moins quatre semaines».

Le canton de Vaud fera pareil, lui qui a également banni les soirées d’information pour les parents ou encore exclu «le partage de nourriture entre élèves – par exemple un gâteau d’anniversaire». Tout est fait pour garder les établissements ouverts, martèle le canton, qui annonce renforcer le système de remplacement avec l’appui de la Haute Ecole pédagogique vaudoise. Cela suffira-t-il? Personne ne le sait.

«Nous naviguons à vue»

Secrétaire générale de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, Pascale Marro résume la situation des écoles suisses en quelques mots: «Nous naviguons à vue». Sans particulièrement souhaiter être cités, plusieurs enseignants contactés par Le Temps constatent que le Conseil fédéral a décidé de «laisser couler». L’impression est qu’il n’est plus question de savoir «si» l’on va être infecté par Omicron, mais «quand». Et qu’il va falloir se débrouiller.

Alors qu’environ 150 000 personnes étaient astreintes à une quarantaine en Suisse en fin de semaine dernière, et après bientôt deux ans de pandémie, la fatigue se fait sentir jusqu’aux plus hauts niveaux de l’Etat. Vendredi dernier, le ministre de la Santé lucernois, Guido Graf (Le Centre), n’hésitait plus à proposer de «lever toutes les quarantaines et laisser l’entier de la population se faire contaminer». En posant cette question téméraire: «préférons-nous une fin dans l’effroi plutôt qu’un effroi sans fin?» Ce lundi, il semble que la principale notion à inculquer aux élèves sera – encore et toujours – celle de la résilience.