GENEVE

Rentrée universitaire. L'Uni de Genève dans l'arène d'un vote populaire

Face à un référendum contre une nouvelle loi qui donnerait son autonomie à l'académie, le rectorat affûte son argumentaire. Verdict le 30 novembre.

Les étudiants, surtout les débutants, sont peu à peu gagnés par le stress. Lundi prochain, 15 septembre, la rentrée. Ces jours, ils décryptent les papiers d'immatriculation. Les dirigeants de l'académie, eux, ont un autre jour en tête: le 30 novembre. La population se prononcera alors sur une nouvelle loi sur l'Université, combattue par référendum par l'extrême gauche.

Changement de stratégie. Lorsque le référendum était déposé, il y a un mois (LT du 5.08.08), la modération était de rigueur à la tête de l'institution. Pas question de faire campagne. Désormais, l'équipe in corpore clame sa disponibilité à tous débats publics, ouvre un site Internet dédié, s'engage à répondre à chaque demande concernant la loi dans les 48 heures - «évidemment sans les week-ends», précise la vice-rectrice Anik de Ribaupierre, quand même pragmatique

Crainte que le Conseil d'Etat s'engage peu? Pas du tout, assure le recteur Jean-Dominique Vassalli, qui a «totalement confiance» dans la campagne que mènera le gouvernement. Mais qui veut «informer», d'abord à l'interne: les craintes liées au statut du personnel ont motivé de nombreuses signatures du côté du SSP, qui a fourni 3500 paraphes, sur 7000 nécessaires et 8900 au total.

En outre, il semble qu'à la perspective d'un dimanche de votation encombré par 10 sujets (!) au total, le rectorat genevois se sente obligé de plonger un peu les mains dans le cambouis de la démocratie directe.

Il faut, donc, l'autonomie promise par la loi. La crise du printemps 2006, marquée par la révélation de notes de frais abusives, a été «favorisée» par le cadre actuel, dans lequel personne n'est vraiment responsable, juge Yves Flückiger. La loi «la plus périmée de Suisse», crée une situation «intenable à court terme», ajoute-t-il.

Autonomie «contrôlée»

Les dirigeants mettent l'accent sur les contrôles nouveaux que la loi instituera, un organe d'audit et deux conseils, l'un stratégique, l'autre d'éthique. L'Assemblée de l'université, comprenant notamment 10 étudiants, 10 assistants et 20 professeurs, désignera le recteur et se prononcera sur le budget. Les employés resteront dans le giron de l'Etat, «il n'y a aucune sortie de la fonction publique», soutient Pierre Spierer.

Même négation quant aux craintes exprimées à propos d'une privatisation de l'Université: le vice-recteur relève que les fonds décrochés pour des projets de recherche émanent «à 90% d'institutions publiques», telles que le Fonds national de la recherche scientifique. L'implication directe du secteur privé constitue «une petite part» des sommes collectées par l'Université. Enfin, les recteurs rappellent que les taxes - l'hypothèse de leur forte augmentation a aussi motivé le référendum - resteront soumises à une loi particulière, donc du ressort du Grand Conseil.

D'autres ont fait le pas

Passé l'argumentaire défensif, les responsables réclament une «modernisation nécessaire» de la manière de conduire l'Université. Ce thème de l'autonomie agite la plupart des pays européens, et les Genevois veulent franchir le pas à leur tour. D'autant que leurs institutions sœurs, à commencer par Lausanne, bénéficient déjà d'un nouveau régime.

Le changement passe par un renforcement des prérogatives de la direction centrale, qui nomme les professeurs et établit le budget. En finir, rêve Jean-Dominique Vassalli, avec une situation «où l'on ne sait plus qui est l'employeur, le doyen, le rectorat ou le Conseil d'Etat». Pouvoir aussi décider plus rapidement, notamment à propos des cursus négociés avec d'autres universités: «Il n'est pas raisonnable de s'adresser au gouvernement à chaque fois que l'on veut changer un programme d'études», illustre le recteur.

Avec une forte majorité au Grand Conseil et l'unanimité des partis représentés, les responsables se montrent confiants. Ils rappellent que les instances internes, dans les facultés, avaient approuvé le texte en consultation. Et ils veulent croire à la force du symbole: déjà effervescente, l'Université prépare les festivités du 450e anniversaire de la création de l'académie, en 2009. Une réforme cette année-là constituerait «plus qu'une coïncidence, le signal d'un nouveau départ», s'envole le calme Jean-Dominique Vassalli.

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