SUISSE ROMANDE

Rentrée universitaire. En pleine bataille d'image, les universités vantent leurs effectifs

Chaque haute école annonce un nombre record de nouveaux étudiants, à prendre avec prudence. La mobilité au niveau du master commence à produire ses effets.

Une pluie de chiffres. En cette rentrée académique plus encore que durant les précédentes, les hautes écoles helvétiques alignent les nombres record. Lundi, les communiqués marquant la reprise des cours faisaient état, en rafale, d'effectifs à la hausse dans toutes les institutions.

Neuchâtel indique un plus grand nombre d'étudiants débutants, alors même qu'en raison de fermetures de filières, elle aurait dû en perdre (lire ci-contre). Après une stabilisation l'année passée, Genève annonce un bond de 15% des nouveaux élèves, évolution qui touche en particulier les sciences économiques et sociales. L'académie devrait compter quelque 14500 étudiants. Fribourg a annoncé une progression du même ordre dans ses inscriptions au bachelor, sans pour autant atteindre le seuil symbolique des 10000 élèves. Lucerne dit 10%. L'Université de Zurich mentionne 220 nouveaux étudiants de plus que l'année, sur un total de 24450. Berne évoque 4% de hausse, Lausanne 3%.

Des chiffres estimatifs

Naguère tonitruante sur les chiffres, l'EPFL se montre plus prudente cette année en pondérant son estimation avec un taux moyen de départs, sous forme de projection pour le mois de novembre. Mais même ainsi, le «Poly» parle de 15% de jeunes en plus dans ses filières ainsi qu'au cours de rattrapage de mathématiques.

Ces records sont à prendre avec prudence. Ils portent sur la première inscription, l'immatriculation, et ne constituent ainsi pas la mesure finale des effectifs. C'est au moment où les étudiants paient leurs taxes que la recension est arrêtée. Puisque la rentrée est désormais avancée, les écoles pensent faire leurs bilans d'effectifs à mi-novembre.

En outre, bon an mal an, entre un tiers et 40% des jeunes quittent la première année dans laquelle ils ont commencé leurs études. Une bonne part d'entre eux restent bien sûr dans le système académique en choisissant une autre filière, mais certains bifurquent plus nettement et ne retourneront donc pas dans les auditoires.

Le poids des HES

Reste que ces augmentations correspondent à la lente inflation des classes, ces dernières années, dans les lycées et gymnases. La voie gymnasiale a la cote, et son succès conduit par automatisme à une poussée des étudiants universitaires. Le secteur de la formation tertiaire a même bondi depuis une décennie, puisqu'il s'y ajoute les jeunes qui fréquentent, en général après avoir passé la maturité professionnelle, les hautes écoles spécialisées (HES).

Selon l'Office fédéral de la statistique, la croissance des effectifs devrait se poursuivre. D'un peu plus de 180000 aujourd'hui, le public des hautes écoles - universités, EPF et HES - devrait grimper à 200000 en 2012. L'ouverture, dès cette année, de voies de masters dans les HES va aussi contribuer à l'élévation du nombre d'étudiants.

Mais attention, avertissent les experts, il y aura ensuite l'amorce d'une décrue (lire en page 18). A ce moment-là, il est à prévoir que la concurrence entre les hautes écoles grandira, en particulier pour capter les étudiants étrangers.

Pour les rectorats, ces chiffres ont néanmoins toute leur importance. D'abord parce que les hautes écoles reçoivent leurs subventions fédérales sur la base d'un calcul incluant le nombre d'ouailles, entre autres critères. Ensuite, parce que les effets de la réforme «de Bologne» se font sentir, avec les deux étages du bachelor et du master. Les rectorats observent ainsi les premiers effets de la mobilité dite verticale, qui consiste à passer le bachelor dans une académie, le master dans une autre.

Là aussi, les directions des écoles jouent l'image de leurs institutions, notamment sur leur capacité à appâter des étudiants de master venant d'autres universités, de Suisse ou d'ailleurs. Cet afflux est désormais vu comme l'indicateur de l'attractivité des filières proposées par un établissement. C'est sûr, la bataille des chiffres aura désormais lieu chaque année, à mi-septembre. öPage 18

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