Pas d’argent, pas de campagne. Privés du soutien financier d’economiesuisse pour combattre l’initiative de l’UDC en faveur du renvoi des délinquants étrangers, les partis du centre droit ont tout loisir de méditer douloureusement cette dure loi de la démocratie directe.

A quelques jours du scrutin, le refus de l’organisation faîtière des milieux économiques de s’engager aux côtés du PLR et du PDC contre l’initiative et en faveur du contre-projet est d’autant plus durement ressenti par les deux partis que les sondages laissent peu de chances au contre-projet et que la voie semble relativement dégagée pour l’initiative.

Officiellement, la position d’economiesuisse se résume en peu de mots. Faute d’un lien suffisamment étroit entre la question du renvoi des étrangers délinquants et les intérêts dont elle a la charge, l’organisation a estimé ne pas devoir prendre position, ni dans un sens ni dans un autre, souligne la directrice romande d’economiesuisse Cristina Gaggini.

A mi-octobre, le comité directeur d’economiesuisse avait clarifié sa position en expliquant que l’initiative de l’UDC et le contre-projet touchaient à la sécurité publique et à la répression de la criminalité et ne constituaient dès lors pas des thèmes intéressant l’économie. L’organisation affirmait vouloir concentrer ses efforts contre l’initiative fiscale du PS, mais soulignait que des représentants de l’économie s’engageraient contre l’initiative de l’UDC. Elle rappelait aussi que l’Union patronale suisse, elle, recommandait d’approuver le contre-projet.

Cristina Gaggini dément toute division interne, mais selon plusieurs sources, le débat au sein d’economiesuisse a fait apparaître qu’une minorité souhaitait un engagement contre l’initiative et pour le contre-projet. Après tout, les milieux économiques s’étaient bien élevés contre l’initiative interdisant la construction de minarets, alors même que l’incidence d’un oui sur la marche de l’économie, pour être plausible, restait indirecte.

Cette fois, l’expulsion automatique de certains délinquants étrangers promet, si elle devait être appliquée de manière rigoureuse à l’égard de ressortissants de l’Union européenne, de soulever les protestations de Bruxelles et des Etats membres liés avec la Suisse par l’accord sur la libre circulation des personnes.

Au pire, l’UE serait en droit, en cas de non-respect par la Suisse de la libre circulation, d’actionner la clause guillotine qui mettrait à terre une bonne partie des accords bilatéraux. Cette perspective a de quoi inquiéter sérieusement les milieux économiques, mais n’a pas convaincu leurs représentants de délivrer ne serait-ce qu’une recommandation. Peut-être, s’interrogent les observateurs, s’agit-il pour eux de ne pas compromettre leurs relations avec l’UDC sur d’autres dossiers où le soutien du plus grand parti des Chambres fédérales est impératif.

Il n’y aura donc pas d’argent injecté par la faîtière zurichoise dans la campagne des forces du centre droit. Coincés entre une gauche qui milite pour le double non par réflexe moral mais en faisant un calcul extrêmement risqué, et le parti national conservateur qui n’a pas été long à comprendre le profit qu’il pouvait tirer de la situation, libéraux-radicaux et démocrates-chrétiens ne cachent pas leur acrimonie. Devant les médias, le conseiller aux Etats PLR soleurois Rolf Büttiker a vivement regretté l’attitude des milieux économiques, déplorant qu’ils n’aient «pas fait le bon choix». Le silence des milieux économiques a également exaspéré Simonetta Sommaruga. Les implications économiques d’une éventuelle acceptation de l’initiative lui semblent particulièrement nettes, a fait savoir la nouvelle conseillère fédérale, qui a repris le dossier des mains d’Eveline Widmer-Schlumpf. Le refus des milieux économiques de s’engager a au surplus fait ressortir encore davantage la disproportion des ressources entre les autres partis et l’UDC, qui peut se targuer d’avoir les moyens de ses ambitions.