Après neuf ans de discussions épineuses, de rapports successifs, voire de décisions avortées, la future organisation policière du canton de Vaud semble enfin dessinée. Pour l'expliquer, Jean-Claude Mermoud, conseiller d'Etat, Olivier Kernen, syndic d'Yverdon et membre du comité de l'Union des communes vaudoises (UCV), Pierre Aepli, commandant de la police cantonale, et Denis Froidevaux, commandant de la police de Montreux, étaient ensemble mercredi devant les médias. Un côte à côte contrastant avec le face-à-face du printemps 2000, lorsque l'UCV avait stoppé net le projet centralisateur du département de la sécurité. Le canton prévoyait alors de reprendre sous sa casquette près des deux-tiers des policiers municipaux.

Plus rien d'aussi brutal n'est prévu. Pour mettre de l'ordre dans le fatras des 69 polices municipales comprenant de 1 à 38 agents, le canton prône désormais un système aligné sur les réalités locales. Les corps municipaux se chargeront de la police de proximité, pourvu qu'ils reposent sur des ententes intercommunales contiguës, capables de rassembler au moins vingt hommes et d'assurer une permanence 24 heures sur 24. Sur ces critères, sept ententes sont d'ores et déjà possibles, autour d'Yverdon, de Nyon, et de Morges, dans l'Ouest lausannois, en Lavaux, sur la Riviera et dans le Chablais. La région d'Avenches-Payerne n'est pas loin d'y arriver. Lausanne reste un cas à part. La principale revendication des grandes communes est ainsi satisfaite. Elles pourront toujours définir leurs propres priorités, qu'il s'agisse de surveiller une zone villa ou de faire de l'îlotage en banlieue.

Dans les territoires sans polices municipales, les prestations de proximité seront assurées par la gendarmerie mais payées au canton par les communes. Quant aux petites polices foraines incapables de rallier une entente, ou d'en susciter une autour d'elles, elles disparaîtront. Leurs membres auront le choix d'être intégrés à la gendarmerie, moyennant une formation complémentaire, ou d'être des employés municipaux sans statut policier. C'est là que les plus fortes résistances sont à attendre: «C'est la mort des polices rurales», protestait hier Gérald Perrin, municipal à Moudon. Avec cette modification, l'Etat met toutefois fin au système compliqué des catégories. Il n'y aura plus qu'un seul type de policier municipal vaudois. Surtout, toutes les communes mettront la main au porte-monnaie, et participeront financièrement à leur sécurité. Le coût n'est encore qu'estimé, mais devrait varier entre 70 et 90 francs par habitant.

Rapprochement de compétences

Le reste du système procède d'un rapprochement de compétences. Police secours, qui doit intervenir vite, et être apte à traiter les situations immédiatement, sera entièrement gérée par la police cantonale. Il n'y aura plus qu'une seule centrale d'engagement, à la Blécherette. Par contre, les patrouilles pourront être composées de policiers municipaux (50% au maximum des effectifs locaux), fournissant de la sorte une prestation au canton. Cette organisation suppose que policiers municipaux et cantonaux engagés dans Police secours auront les mêmes compétences. La grande et la moyenne criminalité restent naturellement du ressort de l'Etat. La gestion du système sera paritaire, avec un comité directeur composé de représentants de l'Etat et des communes. En principe, l'élimination des doublons devrait permettre de ne pas augmenter les effectifs, qui sont de 900 gendarmes, de 376 policiers lausannois et de 460 autres policiers municipaux.

«Avec cette organisation, le principe d'EtaCom, selon lequel qui commande paie, est respecté», a souligné mercredi Olivier Kernen. Restent une foule de détails à résoudre, dont le moindre ne sera pas le réglage des préséances entre commandements locaux et cantonaux. Pour y arriver, trois expériences-pilotes seront menées à Yverdon, sur la Riviera et autour d'Echallens. Elles devront commencer avant la fin de l'année, la généralisation du système étant prévue dès 2003.