Le projet USIS se réduit comme peau de chagrin. En novembre 2002, le Conseil fédéral avait, pour des raisons financières essentiellement, donné un sérieux coût de frein à l'ambitieux projet initié en 1999 par Arnold Koller puis complété par Ruth Metzler, qui vise à moderniser le système suisse de sécurité intérieure tant au niveau fédéral que dans la répartition des tâches entre Confédération et cantons. La police, qui souffre d'un sérieux sous-effectif, ne pourra désormais compter que sur l'aide de l'armée et des gardes-frontière. Plus question d'instaurer une force spéciale de police fédérale de 600 personnes pour combler les lacunes du système de sécurité.

Peu satisfaits du redimensionnement du projet, les cantons se sont prononcés vendredi sur le quatrième rapport, devant Christoph Blocher, patron du Département fédéral de justice et police (DFJP). S'ils ont donné leur accord à un recours à l'armée pour certaines missions de sécurité intérieure, la collaboration entre police et gardes-frontière en cas d'adhésion à Schengen doit encore être affinée. Mais une chose est claire: il n'y aura pas d'USIS 5. Le projet USIS se clôt donc, après avoir subi un important régime minceur.

Doit-on voir un lien entre sa fin et le fait que Jörg Schild quittera la présidence de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police (CCDJP) en octobre? «Je ne pars pas frustré. Tout au plus ai-je perdu quelques illusions», assure-t-il. Il insiste: malgré les propositions avancées dans le rapport, la Suisse continuera de souffrir du manque d'effectifs des forces de police. Il n'a pas voulu articuler de chiffre. Il manquerait plus de 1500 policiers, évalue un spécialiste.

Adaptation à Schengen

Le rapport USIS 4 s'est notamment penché sur les transformations que devraient subir les différentes structures liées à la sécurité en cas d'adhésion à Schengen-Dublin. Comme Etat signataire, la Suisse ne pourra par exemple plus effectuer de contrôles systématiques de personnes aux frontières, mais des contrôles mobiles à l'intérieur. Sur ce point, la CCDJP a hésité entre deux variantes, mais préfère ne pas opter immédiatement pour l'une d'entre elles et analyser plus à fond les répercussions financières. Elle rejette en tout cas clairement la variante «Confédération», selon laquelle plusieurs tâches policières seraient attribuées au Corps des gardes-frontière. La souveraineté des cantons se verrait menacée.

Sur les deux variantes proposées pour la protection des ambassades, la CCDJP est d'accord avec celle qui veut que la police continue de recevoir l'aide subsidiaire de l'armée, sauf pour les contrôles mobiles. Pour la protection des personnalités, la CCDJP part du principe qu'elle doit rester du ressort de la police. Ses effectifs pourraient tout au plus être renforcés, si nécessaire, par des professionnels de l'armée. Ils seraient soumis au commandement de la police.

Le Conseil fédéral n'ayant pas encore discuté d'USIS 4, Christoph Blocher s'est fait petit pendant la conférence de presse. Il n'était là que comme «invité». Comme pour se débarrasser de ce serpent de mer, il a toutefois insisté sur le fait que «la sécurité intérieure est assurément du ressort des cantons et doit le rester». Mais a aussi confirmé qu'aucune véritable solution n'a été trouvée pour résoudre la gestion de la sécurité lors de grandes organisations internationales comme le G8.