La Poste n'a pas la même liberté d'action avec les centres de tri qu'avec le réseau de ses bureaux. La restructuration de ces derniers est certes contestée par les syndicats et par les milieux politiques locaux, mais elle l'est moins par la population, car celle-ci peut s'accommoder d'autres formes de distribution du courrier telles que le service à domicile. Le problème des centres de tri se pose différemment. Ce n'est pas tant la prestation fournie à la population que le rôle socio-économique joué par ces centres qui est en cause. La Poste est en effet l'un des rares employeurs nationaux qui offrent, un peu partout dans le pays, du travail à des mères de famille ou à des gens peu formés. La fermeture de ces centres et leur concentration sur trois sites alignés au cœur du Plateau ne pouvaient que déclencher des vagues d'incompréhension. Il était évident dès le départ que La Poste ne pourrait mener son plan à terme. Les réactions l'ont obligée à revoir très rapidement sa copie. Des deux variantes présentées mercredi, une seule semble néanmoins avoir des chances politiques: celle qui postule le maintien de quelques structures décentralisées. Simultanément, il est cependant nécessaire de rouvrir le débat sur le mandat de prestations de l'ex-régie. Car la double obligation de dégager des bénéfices et d'offrir un service public étendu paraît de plus en plus difficilement conciliable.