«Pour dynamiser le Jura et faire sortir l'administration de sa torpeur, il est judicieux que les ministres changent de département.» Lancée à la Radio romande lundi, la formule est de François Lachat, ancien ministre PDC des Finances de 1979 à 1994. Elle traduit la volonté de changement exprimée par l'électorat, qui a fait voler en éclats la prédominance démocrate-chrétienne au gouvernement et porté au pouvoir une nouvelle majorité de centre gauche (2 PS, 1 PCSI et 2 PDC, Le Temps de lundi).

Qu'elle intègre ou non des changements, la distribution des portefeuilles répondra à une alchimie tenant compte des préférences et des compétences des élus, et d'une répartition stratégique des responsabilités. Le nouveau gouvernement se constituera le 20 décembre.

Entre vainqueurs socialistes et chrétiens-sociaux, et démocrates-chrétiens groggy, les contacts n'ont pas encore été noués. La campagne a été harassante et a laissé des traces. Les gagnants ont besoin de souffler, les perdants lancent la chasse aux sorcières: l'ancien secrétaire général du Parti libéral-radical, Manuel Piquerez, exigeait lundi à la radio Fréquence Jura la tête du président de son parti, l'ancien conseiller aux Etats Michel Flückiger, jugé responsable de la débâcle et de l'éviction d'Anita Rion.

La négociation concernera en priorité l'attribution du département clé des Finances. La position de grand argentier sera d'autant plus importante que le Jura a programmé la baisse des impôts: le PDC et la droite préconisent une diminution linéaire de 5% en 2004, puis de 1% chaque année entre 2009 et 2020; la gauche plurielle préfère une baisse ciblée sur les familles, les bas et moyens revenus. Ministre des Finances depuis 1995, le démocrate-chrétien Gérald Schaller n'a pas arrêté sa religion: invoquant la perte de majorité de son parti, il pourrait vouloir être déchargé du fardeau financier, ou à l'inverse le conserver afin de maintenir les objectifs fixés par l'actuel Conseil d'Etat.

Devenu la composante forte de la nouvelle majorité gouvernementale, le PS opère une révolution culturelle qui le fait passer de l'opposition aux responsabilités. Il pourrait ainsi revendiquer les Finances et demander à sa nouvelle élue, Elisabeth Baume-Schneider, d'assumer ce portefeuille.

Pierre angulaire, le département des Finances n'est pas le seul enjeu de l'organisation du gouvernement. Si Jean-François Roth entend garder l'Economie, que fera Gérald Schaller s'il est délesté de la trésorerie? Passera-t-il à l'Education ou à la Santé? L'exécutif lui composera-t-il un département sur mesure, incluant la Justice, la Police et le Service du personnel? Il sera nécessaire pour cela de modifier le décret d'organisation du gouvernement.

Vainqueur de l'élection dimanche, le socialiste Claude Hêche choisira entre la continuité à la tête de la Santé et des Affaires sociales, et le département laissé par Pierre Kohler, l'Equipement et l'Environnement. Les statuts de son parti lui imposant de se retirer en 2006, lorsqu'il aura passé douze ans à l'exécutif, il peut être tenté d'en rester à ses tâches actuelles. A moins que, devenu l'homme fort du Conseil d'Etat, il ne demande une dérogation pour aller à la limite constitutionnelle de seize ans. Auquel cas, un changement de département est à envisager.

Restent les deux nouveaux: Elisabeth Baume-Schneider ne cache pas son «coup de cœur» pour l'Education et la Culture. Le chrétien-social Laurent Schaffter prendra ce qui reste, de préférence l'Equipement et l'Environnement. Les cinq ministres devront par ailleurs se répartir la dizaine de «services volants», susceptibles d'être rattachés à n'importe quel département. Certains sont d'importance: la Police, la Coopération, la Justice, les Affaires communales, le Bureau de l'égalité ou le Service du personnel.

Les premières tractations réuniront le PS et le PCSI, appelés à composer une inédite gauche plurielle. Le PDC ne sera pas laissé à l'écart. Les élus ont promis de travailler de concert. Avant d'entrer en fonction le 1er janvier et de rouvrir le brûlant dossier «Pays ouvert», le nouveau gouvernement testera sa capacité à s'entendre et à faire fonctionner la collégialité: «Il n'est pas nécessaire de commencer par une crise, commente Elisabeth Baume-Schneider. Nous devons montrer un signe de maturité qui prouvera que nous sommes capables de travailler ensemble.»