La Constitution genevoise de 1794 instaure l’élection des juges par le peuple alors que celle de 1842 consacre le principe de l’indépendance du pouvoir judiciaire et instaure l’élection des juges par le Grand Conseil.

L’accès de personnages contestés à la magistrature sur fond de luttes et de marchandages motive le dépôt d’une initiative visant à assurer une meilleure légitimité aux juges et à renforcer leur indépendance. Celle-ci, votée en 1908, transmet à l’ensemble des électeurs (soit les mâles âgés de plus de 20 ans) le soin d’élire juges et procureurs au suffrage universel et au scrutin majoritaire.

Les premières élections judiciaires par le peuple sont organisées en 1910. Elles ont lieu tous les six ans. Jusqu’en 1966, les électeurs doivent se déplacer aux urnes pour reconduire les magistrats en place. Les vraies élections se déroulent pourtant déjà devant le Grand Conseil en cours de législature et au fur et à mesure des vacances.

Devant le fort désintérêt populaire pour ce scrutin sans enjeu (un taux de participation de 2,8%), une modification constitutionnelle est proposée en 1970 afin de permettre l’élection tacite lorsque le nombre de candidats est égal au nombre de sièges à pourvoir.

Depuis 1972, le peuple s’est tout de même rendu plusieurs fois aux urnes. Pour élire les membres d’une nouvelle juridiction (le Tribunal administratif par exemple), pour élire le Collège des juges d’instruction lorsqu’une magistrate évincée s’est présentée sur une liste hors-parti et, surtout, à trois reprises, pour élire le procureur général lorsque plusieurs candidats se sont affrontés.

Hormis les exceptions citées plus haut, les élections générales tacites restent la règle. C’est la commission «interpartis» qui se charge d’établir les listes en fonction d’une subtile alchimie visant à assurer l’équilibre des forces politiques tout en tenant compte des compétences des candidats. En cours de législature, lorsque cette commission n’arrive pas à un accord et que plusieurs candidats restent en lice, c’est le Grand Conseil qui tranche. Cela arrive assez souvent.