Il faut lui reconnaître un certain aplomb. Aux questions du procureur général Eric Cottier, visiblement exaspéré, Claude D. donne des réponses toujours plus stupéfiantes. Il affiche une assurance désarmante, reproche des défauts à tout le monde et cite ses droits. Extraits de cette seconde matinée d'audience un brin surréaliste.

Eric Cottier se lance:

- Pourquoi mandater un détective privé au lendemain de votre première relation intime si Marie vous était si indifférente?

Claude D., toujours aussi obstiné, prompt à pointer les erreurs de tous, commence:

- Je n'ai jamais dit qu'elle m'était indifférente. On avait tissé un lien. Je voulais l'aider.

- Pourquoi vouloir tout contrôler?

- Je voulais savoir à qui j'avais affaire.

- Pourquoi écrire à une certaine Véronique que vous êtes «légèrement accroc» à cette fille et très malheureux?

- Je ne peux pas affirmer être l'auteur de ce message puisque mon compte a été piraté et je n'ai pas souvenir de mes états d'âme à ce moment.

La suite est encore plus étonnante.

- Pourquoi avoir acheté des jumelles?

- C'est ma mère qui me l'a demandé.

- Pourquoi chercher à acquérir une arme?

- Pour me protéger.

Le président du tribunal, Sébastien Schmutz, soudain inspiré, demande: «Se protéger de qui?». On découvre alors Claude D. évoquer une «bande de Blacks». Une équipe que Marie connaissait et qui aurait un lien avec le mobile du crime. Donc, il ne veut plus en parler car il ne veut pas aborder le mobile. Compliqué.

Cette logique fait réagir Eric Cottier:

- Avez-vous a cherché à estimer les chances que la cour puisse vous croire sur ce point?

- Pourquoi ne me croirait-on pas?

On se le demande.

Il continue de plus belle. Pourquoi dire à Marie, dans leurs 150 échanges WhatsApp en l'espace de deux heures, qu'il l'aime? 

- Vous me connaissez, je suis capable de faire preuve d'ironie.

Claude D. insiste, au plus grand désespoir de ses défenseurs. Il n'a jamais été amoureux de Marie, il l'a peut-être écrit pour lui faire plaisir, leur relation était basée sur autre chose, elle voulait être sa copine et non pas son «escort» car elle devait trouver cela plus avantageux. Et ajoute:

- Il faut plutôt se demander qu'est-ce qu'une fille aussi jeune faisait avec moi, un homme de 36 ans?

Le président Schmutz lui fait remarquer qu'elle n'est malheureusement plus là pour répondre et qu'il est bien placé pour le savoir. Jacques Barillon, le conseil des parties plaignantes, contraint à une retenue qui ne lui ressemble pas, trépigne. Il fait de grands gestes, mais ne dit mot. La cour, bien décidée à garder la maîtrise de l'audience, a trouvé le moyen de tempérer ses improvisations. Ce n'est que partie remise. Son tour viendra.

Le crime proprement dit n'est pas encore abordé mais Me Barillon est invité à poser ses questions sur cette première partie. Il y a de l'électricité dans l'air. Les petites invectives fusent, un bref pugilat entre avocats, une remise à l'ordre présidentielle. «Vous arrêtez ce cirque». Tout cela réveille une assistance anesthésiée par le récit mécanique du prévenu. C'est vrai qu'un grand procès criminel nécessite une certaine tension pour que sortent des bribes de vérité. Tout est question de dosage. 


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