Plus ancienne et plus grande caisse maladie indépendante de Suisse, la Chrétienne sociale suisse (CSS) a annoncé mardi vouloir reprendre le portefeuille d'assurés de sa petite concurrente fribourgeoise en difficulté, Accorda. Les deux assureurs ont trouvé un terrain d'entente, mais l'opération doit encore recevoir l'aval des autorités de surveillance à Berne.

Pour mémoire, Accorda est actuellement en voie de liquidation. Ordonnée par Pascal Couchepin l'automne dernier, la fermeture de la caisse en raison de ses insuffisances de gestion a été confirmée récemment en dernière instance par le Tribunal fédéral des assurances. Fondée en 1998 par un groupe de prestataires de soins romands, Accorda avait compté jusqu'à plus de 20 000 assurés dans l'assurance de base. Elle en compte aujourd'hui encore environ 12 000, auxquels s'ajoutent 6000 à 7000 affiliés dans le domaine des complémentaires.

La CSS ne reprendra pas Accorda à proprement parler, car cela la contraindrait à assumer aussi son ardoise, dont l'ampleur finale n'est pas encore connue mais qui devrait se monter à plusieurs millions de francs. La CSS ne souhaite pas non plus dissoudre les 12 000 assurés d'Accorda dans ses propres effectifs, car cela se traduirait souvent pour les nouveaux arrivants par de fortes hausses de primes. Car si, globalement, la CSS a des primes de base à peu près dans la moyenne nationale, elle est sensiblement plus chère dans les cantons où Accorda est le plus présent, en particulier Genève, mais aussi Vaud et Neuchâtel. Les assurés d'Accorda devraient donc être intégrés dans une nouvelle caisse maladie ad hoc indépendante à créer au sein de CSS Holding.

Adaptation

En soi, l'opération est de portée limitée pour la CSS, qui a annoncé hier un résultat 2003 en hausse de 72%, à 70,6 millions de francs. Huitante fois plus petite que la CSS, Accorda n'en augmentera les effectifs que de 1,2%. Sur le plan stratégique, l'opération Accorda marque toutefois un revirement fondamental. Incarnation jusqu'ici d'une gestion «pépère» de l'assurance maladie encore imprégnée de l'esprit mutualiste qui a longtemps prévalu dans la branche, la CSS signale désormais son intention de s'adapter à un environnement qui a changé radicalement. L'arrivée au Ministère de la santé de Pascal Couchepin, qui bien davantage que Ruth Dreifuss symbolise ce nouvel environnement, n'y est sans doute pas étranger.

Introduite en 1996, la loi sur l'assurance maladie (LAMal) a introduit une logique de concurrence entre caisses qui a favorisé le développement spectaculaire de caisses jeunes et agressives, qui ont mis sous très forte pression les vieux géants de la branche, dont les effectifs s'érodent année après année. Assura a par exemple connu une très forte croissance en se profilant de manière radicale comme la caisse qui ne veut pas chez elle des assurés qui courent chez le médecin au moindre bobo. Le Groupe mutuel a connu un développement également spectaculaire en se basant sur une stratégie totalement différente. Sa structure de conglomérat lui permet de prendre influence sur la répartition des risques au sein du groupe et donc de faire en sorte que, dans tous les cantons, il puisse offrir au moins une prime basse, attractive pour de nouveaux assurés.

Le groupe Helsana, longtemps leader de la branche, a réagi à cette stratégie il y a plusieurs années. Il a d'abord racheté une caisse à primes basses (Progrès) dont la croissance compense au moins en partie les départs d'Helsana. Il vient en outre de lancer deux nouvelles caisses maladie, Sansan et Avanex, qui cherchent respectivement à attirer de nouveaux assurés jeunes et à isoler une clientèle spécifiquement féminine (dont les coûts sont statistiquement plus élevés). En créant à son tour une caisse indépendante, la CSS se lance dans cette même logique de conglomérat.