Zurich

Des requérants d'asile bloqués, à Zurich, en zone de transit

Quinze demandeurs d’asile sont en attente d’une décision à l’aéroport depuis plus de cinquante jours

Quinze requérants d’asile restent bloqués depuis plus de cinquante jours à l’aéroport de Zurich. Ils étaient 20 la semaine dernière. Entre-temps, vendredi dernier, une famille a pu quitter la zone de transit pour rejoindre un centre pour requérants dans le canton de Zurich, relate Watson. Selon le site d’information zurichois, il s’agit de 12 adultes et 8 mineurs kurdes, qui ont pris un vol pour la Suisse depuis l’Afrique du Sud. Ayant vu leur demande refusée dans un premier temps, ils ont déposé un recours.

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Leur cas suscite de vives critiques outre-Sarine: «Que des familles avec des petits enfants restent aussi longtemps dans une zone de transit dans des conditions similaires à une détention est inadmissible. D’autant plus s’ils doivent retourner en Afrique du Sud. Ce pays refuse 94% des demandes d’asile. Là-bas ils sont menacés de renvoi en Turquie, où ils risquent de subir des violences et la prison», estime l’OSAR.

Selon la Convention des droits de l’enfant, le bien de l’individu doit primer dans toutes les mesures qui concernent des mineurs, souligne encore l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés: «Dans cette situation, les autorités s’inquiètent davantage de la conformité des procédures que du bien-être des enfants. Ces familles devraient être retirées de la zone de transit et emmenées dans une infrastructure mieux adaptée», ajoute l’OSAR.

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Soixante jours d’attente

Lorsqu’un requérant d’asile arrive à l’aéroport, sa demande est traitée sur place, avant qu’il n’ait posé un pied sur le territoire suisse. Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) examine si la personne a déjà déposé une demande dans un Etat tiers et, le cas échéant, si un renvoi vers ce pays se justifie. Les requérants d’asile peuvent rester bloqués en zone de transit durant soixante jours au maximum. Ensuite, quel que soit l’état de leur dossier, ils sont transférés aux autorités cantonales. L’aéroport de Zurich dispose de 58 lits répartis dans trois chambres séparées pour les hommes, les femmes et les familles. Les requérants ont accès à une terrasse, une salle de prière, un espace où se trouvent commerces et restaurant, ainsi qu’à un conseil médical et juridique, précise le SEM.

«Nous sommes sur place trois fois par semaine», confirme Eve Ehrensperger, directrice du service migration de la Croix-Rouge cantonale zurichoise, qui offre un service de conseil juridique bénévole aux demandeurs d’asile en transit. Depuis janvier 2018, cette organisation a mené 464 entretiens pour 68 personnes. En 2017, elle compte 879 entrevues pour 137 personnes. Qu’en est-il à l’aéroport de Genève? La zone de transit dispose de 30 lits. Ils sont tous inoccupés en ce moment, précise l’association de conseil juridique aux réfugiés Elisa-asile, qui dénombre de son côté 37 demandes à ce jour pour l’année 2018. En 2017, elle a accompagné 35 personnes et 29 en 2016.

Mais la voie aérienne reste peu empruntée par les demandeurs d’asile pour rejoindre la Suisse. Selon les chiffres du SEM, 89 personnes sont passées par la zone de transit zurichoise cette année, contre 170 en 2017, 184 en 2016 et 253 en 2015. Une tendance à mettre en rapport avec la baisse générale des demandes d’asile. La plupart du temps, ceux qui arrivent par cette voie voyagent avec de faux papiers, précise encore le SEM.

L’organisation genevoise Elisa-asile fait part de son inquiétude sur des procédures engagées contre les quatre dernières personnes ayant demandé l’asile à l’aéroport de Genève. Ces plaintes ont débouché sur une ordonnance pénale pour falsification de documents (art. 252 CP) et tentative d’entrée illégale (art. 115 LEtr). «C’est nouveau, jusqu’ici, nous n’avions pas connaissance de plaintes concernant les papiers d’identité falsifiés. Or, la Convention de Genève sur les réfugiés est claire: les réfugiés ne doivent pas faire l’objet de sanctions pénales en raison de leur entrée irrégulière», souligne Laeticia Isoz, conseillère juridique et coordinatrice de l'organisation.

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